80 partenaires PIGMA réunis en webinaire pour faire le point sur les EnR et la souveraineté énergétique des territoires
Animation, Café-atelier, Toutes
02/10/2025

Le dernier webinaire de la communauté PIGMA, qui échange de la donnée en Nouvelle-Aquitaine, avait lieu le jeudi 2 octobre sous la forme d’un café-atelier. Près de 80 participants étaient réunis. L’objectif de ce rendez-vous : faire le point sur les EnR et la souveraineté énergétique des territoires. Compte-rendu.
En ouverture de webinaire, Victoire Roux-Barucq, GIP ATGeRi/PIGMA, après avoir accueilli les participants, a rappelé les bonnes pratiques pour optimiser l’expérience de l’évènement.
Martin Blazek, chargé de l’animation de la plateforme PIGMA et des actions associées au sein du GIP ATGeRi (Groupement d’Intérêt Public Aménagement du Territoire et Gestion des Risques), a ouvert le webinaire en remerciant chaleureusement les 78 participants présents. Plus d’une centaine de personnes s’étaient inscrites, illustrant, selon lui, le dynamisme de la communauté PIGMA.
Il a également salué le travail de son équipe d’animation pour l’organisation de l’événement et adressé un remerciement particulier à Camille Romary, de l’Agence Régionale d’Évaluation Environnement et Climat (AREC) Nouvelle-Aquitaine, qui a contribué à l’élaboration du programme grâce à son expertise et qui interviendra aux côtés de la Région Nouvelle-Aquitaine.
Il a rappelé que ce webinaire est consacré aux énergies renouvelables et à la souveraineté énergétique des territoires, avec un focus sur la valeur ajoutée des données dans ces dynamiques. Organisé dans le cadre de la plateforme PIGMA, il s’inscrit dans la mission du GIP ATGeRi, acteur de référence en gouvernance et en échange de données géographiques en Nouvelle-Aquitaine. PIGMA accompagne les collectivités, les services de l’État, les acteurs territoriaux et les entreprises dans la gestion et la valorisation des données. Son objectif est de faciliter le partage, la mutualisation et l’exploitation des données afin de mieux répondre aux enjeux territoriaux.
Selon Martin Blazek, les webinaires du réseau PIGMA visent à renforcer les compétences collectives, à gagner en efficacité et à favoriser la coopération entre acteurs par la diffusion et la valorisation des usages.
Il a replacé la thématique du jour dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques fragilisant les approvisionnements énergétiques, par l’urgence climatique et par une demande croissante des territoires pour plus d’autonomie énergétique.
Ces enjeux soulèvent des questions essentielles :
- Comment produire et consommer localement ?
- Comment reprendre en main notre destin énergétique ?
- Comment s’appuyer sur les données pour bâtir des stratégies solides, adaptées aux réalités locales et partagées par les territoires ?
Ce webinaire a pour ambition d’explorer le rôle des données dans la construction d’une autonomie énergétique locale, durable et résiliente, à travers des retours d’expériences concrets, en Nouvelle-Aquitaine mais aussi ailleurs en France.
Martin Blazek a conclu son propos d’ouverture en annonçant le programme de la matinée et les intervenants et en souhaitant à tous un excellent webinaire. Il a invité Denis Alessandrini, DREAL Nouvelle-Aquitaine, à prendre la parole pour introduire le cadrage national.
Énergies renouvelables : contexte et enjeux à l’échelle nationale

Denis Alessandrini, représentant de la DREAL Nouvelle-Aquitaine au sein de la mission transition écologique, a ouvert son propos par un cadrage général sur la stratégie française énergie-climat et ses déclinaisons réglementaires.
Il a rappelé que cette stratégie vise à répondre aux engagements internationaux, en particulier à l’Accord de Paris de 2015 (COP 21) qui fixe l’objectif de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Au niveau européen, le paquet législatif “Fit for 55” impose une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990), dans la perspective d’une neutralité carbone à l’horizon 2050.
Il a détaillé les cinq grands objectifs de la stratégie française :
- Réduire de 50 % la consommation d’énergie finale d’ici 2050 (par rapport à 2012), grâce à l’efficacité énergétique mais aussi à une réelle sobriété dans les usages. Il a illustré ce point en rappelant qu’après la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, la consommation avait baissé de plus de 10 %, preuve qu’une réduction structurelle est possible.
- Sortir des énergies fossiles en développant massivement la production décarbonée, reposant à la fois sur le nucléaire (nouveaux EPR déjà validés) et sur les énergies renouvelables. L’objectif est de porter la part des EnR à 33 % de la consommation finale en 2030.
- Adapter le réseau électrique aux nouveaux besoins de la transition énergétique et aux contraintes du changement climatique.
- Sécuriser l’approvisionnement énergétique pour limiter la vulnérabilité face aux crises.
- Préserver la compétitivité et le pouvoir d’achat en mettant en place des dispositifs d’accompagnement pour les ménages et les entreprises.
Les objectifs chiffrés sont clairs : –50 % d’émissions de GES d’ici 2030 et –83 % en 2050, toujours en référence à 1990, afin d’atteindre la neutralité carbone.
Il a présenté les trois piliers de la stratégie nationale :
- Le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), validé en mars 2025, qui comporte plus de 200 actions et 50 mesures, avec un scénario de réchauffement de +4°C à l’horizon 2100. Un portail unique piloté par l’ADEME et le Cerema doit accompagner les collectivités dans ce chantier.
- La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), exercice de modélisation fixant des « budgets carbone » par périodes (2025-2030, 2030-2035…), et des cibles sectorielles : transport (1/3 des émissions), agriculture (19 %), bâtiment (17-18 %), industrie (similaire). Depuis 1990, 50 % de l’effort a déjà été accompli, mais l’autre moitié doit être réalisée en moins de 25 ans.
- La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), encore en attente de validation. Le projet fixe l’objectif de réduire la dépendance au fossile de 60 % aujourd’hui à 30 % en 2035, avec un fort recours à l’électrification (27 % d’électricité dans la consommation finale aujourd’hui, 39 % visés en 2035). Le développement du photovoltaïque, de l’éolien et de la biomasse thermique est central. La DGEC (Direction Générale de l’Énergie et du Climat) a précisé que le texte, prioritaire pour le Premier ministre, pourrait être signé d’ici fin 2025.
Il a ajouté un quatrième volet majeur : le Schéma Décennal de Développement du Réseau (SDDR), destiné à transformer en profondeur le réseau public de transport d’électricité sur les 15 prochaines années. Ce plan de 100 milliards d’euros, actuellement en débat public (réunions prévues à Limoges le 4 novembre et à Bordeaux le 5 novembre), doit accompagner la réindustrialisation, la relance du nucléaire et l’intégration massive des EnR, tout en tenant compte des impacts du changement climatique.
Denis Alessandrini a rappelé les quatre grands axes de la loi d’accélération de la production des énergies renouvelables (mars 2023) :
- Un meilleur partage de la valeur avec les territoires.
- La simplification administrative (notamment pour la géothermie et l’autoconsommation).
- La mobilisation du foncier : toitures, parkings, agrivoltaïsme encadré, friches agricoles.
- La planification territoriale via la création des Zones d’Accélération des EnR (ZAEnR).
En Nouvelle-Aquitaine, près de la moitié des communes ont participé au processus, et 44 % ont proposé au moins une zone d’accélération. Sans surprise, le photovoltaïque a été privilégié par 98 % des communes, suivi par la géothermie (34 %), tandis que l’éolien n’a été retenu que par environ 12 %.
Un travail de croisement entre les zones proposées et les objectifs du SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires) montre que la plupart des filières (sauf l’éolien et le biométhane) sont en bonne voie d’atteindre ou de dépasser les cibles régionales. Ces résultats devront être consolidés dans la PPE 3 et intégrés aux futurs décrets.
Enfin, il a dressé une photographie de la situation actuelle :
- En 2024, la part des EnR dans la consommation finale française atteint 23 %, soit l’objectif fixé (initialement prévu pour 2020 mais atteint avec retard).
- La biomasse reste la première source, suivie de l’hydraulique, des pompes à chaleur et de l’éolien. Le photovoltaïque progresse, mais reste en deçà des attentes malgré une dynamique forte.
- Les filières thermiques (biomasse, solaire thermique, chaleur fatale, géothermie) sont essentielles pour atteindre les cibles, en complément de l’électrique.
Martin Blazek a remercié Denis Alessandrini, DREAL Nouvelle-Aquitaine, et a ensuite invité Nicolas Turpin, Région Nouvelle-Aquitaine et Camille Romary, AREC Nouvelle-Aquitaine à effectuer un focus sur le PCRS en Nouvelle-Aquitaine.
(Télécharger la présentation de Denis Alessandrini, DREAL Nouvelle-Aquitaine)
EnR en région Nouvelle-Aquitaine : état des lieux et dynamiques en cours

Nicolas Turpin, Région Nouvelle-Aquitaine et Camille Romary, AREC Nouvelle-Aquitaine, ont présenté l’état des lieux régional et les dynamiques en cours autour de la transition énergétique en Nouvelle-Aquitaine.
Nicolas Turpin, chargé de mission Énergies renouvelables et transition énergétique des territoires à la Direction Énergie-Climat de la Région Nouvelle-Aquitaine, a introduit la présentation en rappelant le cadre de planification : le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires (SRADDET).
Adopté en 2019 puis modifié en octobre 2024, ce document stratégique et opposable fixe les grandes orientations régionales dans plusieurs domaines, dont l’énergie et le climat. Pour le président de Région, le SRADDET constitue « l’outil pour imaginer ensemble la Nouvelle-Aquitaine de 2030 », en intégrant les transitions économique, agricole et énergétique.
Les objectifs énergétiques régionaux à 2030 sont clairs :
- –45 % d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2010.
- 50 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale.
- –30 % de consommation d’énergie finale (et –50 % en 2050).
Ces cibles doivent permettre d’atteindre une neutralité carbone à l’horizon 2050.
Il a souligné que, selon les derniers bilans disponibles (2023-2024), la région est globalement dans la bonne trajectoire, même si certains secteurs dépassent encore les consommations prévues :
- Les transports, premier poste émetteur, restent très au-dessus des scénarios.
- Le secteur résidentiel affiche également une surconsommation notable.
- L’agriculture est globalement à l’équilibre.
- L’industrie, souvent pointée du doigt, apparaît cette fois comme un « bon élève », avec une tendance en ligne avec les objectifs.
Camille Romary, représentante de l’AREC (Agence Régionale d’Évaluation Environnement et Climat), a pris le relais pour détailler l’état des lieux énergétique régional. Elle a rappelé que l’AREC est une association basée à Poitiers, financée principalement par l’ADEME et la Région, et investie d’une mission d’intérêt général d’observation et de suivi. L’agence anime deux observatoires :
- l’OREGES (Observatoire régional de l’énergie, des gaz à effet de serre et de la biomasse),
- l’ORDEC (Observatoire régional des déchets et de l’économie circulaire).
Ces outils reposent sur un réseau partenarial large et une méthodologie partagée avec d’autres régions, garantissant la fiabilité et la transparence des données produites.
En 2024, la consommation d’énergie finale en Nouvelle-Aquitaine est estimée à 159,5 TWh (provisoire), en baisse de –10,5 % par rapport à 2010.
- La part des énergies fossiles est encore de 55 % (contre 60 % en 2010).
- Les besoins en électricité représentent 23 % de la consommation (21 % en 2010), soit une baisse apparente de –4,4 % depuis 2010, mais stable une fois corrigée des variations climatiques.
- Le secteur des transports reste le plus consommateur, tiré par les flux routiers et la proximité de l’Espagne.
- Le secteur du bâtiment est le deuxième poste, avec un fort besoin de chaleur, représentant près d’un tiers des consommations régionales.
La production d’EnR régionales atteint en 2024 environ 45,7 TWh, soit une progression de +31 % depuis 2015.
- Les EnR thermiques (bois, géothermie, solaire thermique, chaleur fatale, pompes à chaleur, valorisation énergétique des déchets) dominent encore le mix, avec +10 % depuis 2015.
- Les EnR électriques (photovoltaïque, éolien, hydraulique, biomasse électrique) ont en revanche connu une forte dynamique, avec +117 % en moins de dix ans.
- Le photovoltaïque est la filière la plus dynamique, en croissance quasi exponentielle.
- Le biométhane, encore marginal en 2015, atteint désormais le térawattheure injecté, soit 5 % des besoins en gaz de la région.
En 2024, les énergies renouvelables couvrent 29 % des besoins énergétiques régionaux :
- 36 % des besoins en électricité.
- 49 % des besoins en chaleur.
- 5 % des besoins en gaz (biométhane).
- 6 % des besoins en mobilité (biocarburants).
Les indicateurs montrent une tendance globalement conforme aux objectifs du SRADDET, mais avec un retard persistant sur certains volets : la consommation reste encore 8,2 % au-dessus des scénarios prévus. Pour atteindre les cibles, il faudra maintenir une dynamique forte sur le développement des filières électriques et renforcer la baisse des consommations, notamment dans les transports et le résidentiel.
Camille Romary a insisté sur la nécessité de disposer de données fiables et partagées, non seulement pour établir un état des lieux, mais surtout pour suivre année après année la trajectoire régionale. Elle a rappelé que l’AREC met à disposition des collectivités ces indicateurs via des outils en ligne, permettant un suivi au niveau des intercommunalités, des SCOT, des PNR ou encore des PCAET.
Nicolas Turpin et Camille Romary ont mis en évidence à la fois les progrès notables réalisés en Nouvelle-Aquitaine (fort développement du photovoltaïque, montée en puissance du biométhane, couverture de près de la moitié des besoins en chaleur par des EnR) et les défis persistants (surconsommation dans les transports et le résidentiel, dépendance encore forte aux énergies fossiles).
L’ensemble des acteurs régionaux devront donc poursuivre l’effort de sobriété, accélérer l’électrification des usages et soutenir l’essor de toutes les filières renouvelables pour atteindre les objectifs ambitieux fixés par le SRADDET à l’horizon 2030 et 2050.
Martin Blazek a remercié Nicolas Turpin, Région Nouvelle-Aquitaine et Camille Romary, AREC Nouvelle-Aquitaine, pour leur focus sur les EnR en Nouvelle-Aquitaine et a invité Lou Morriet, Syndicat Energies Haute-Vienne (SEHV), à partager son retour d’expérience du photovoltaïque en Haute-Vienne avec les parkings et toitures au service de la transition énergétique locale.
Photovoltaïque en Haute-Vienne : les parkings et toitures au service de la transition énergétique locale

Lou Morriet, coordinatrice du plan climat au sein du Syndicat Énergies Haute-Vienne (SEHV), est intervenue pour présenter une étude conduite sur le potentiel photovoltaïque départemental, en particulier sur les parkings et les toitures. Ce travail a été mené en 2024 avec l’appui de Mahé Verron, stagiaire de trois mois, et vise à analyser les impacts de la loi APER sur les collectivités.
Le SEHV est une structure publique regroupant les 195 communes de Haute-Vienne, leurs 13 EPCI ainsi que le Conseil départemental. Historiquement compétent pour l’électrification rurale et l’organisation de la distribution d’électricité (en lien avec Enedis), le syndicat a élargi son action à la planification énergétique, à l’accompagnement des collectivités (via son service Energie-Climat et son service public d’énergie ESP87), à la mobilité électrique, à la sensibilisation et à l’animation territoriale.
Dans ce cadre, il a notamment accompagné les EPCI dans la définition des zones d’accélération des énergies renouvelables (ZAEnR) et développé des outils cartographiques (GeoSEHV) pour appuyer la planification locale.
Lou Morriet a rappelé les dispositions de la loi APER du 10 mars 2023 et de l’article L111-19-1 du Code de l’urbanisme, qui introduisent des obligations pour :
- Les parkings extérieurs : au-delà de 1 500 m², ils doivent être équipés d’ombrières photovoltaïques couvrant au minimum 50 % de leur surface.
- Les nouveaux bâtiments > 500 m² : obligation d’intégrer un dispositif EnR ou végétalisé sur 30 % de la toiture (40 % à partir de juillet 2026, 50 % à partir de 2027).
- Les bâtiments existants > 500 m² : obligation à venir (via décret) d’intégrer un dispositif EnR ou un équivalent sur une partie significative de leur toiture.
Ces nouvelles obligations imposent aux collectivités de s’adapter rapidement, en particulier sur leur patrimoine.
L’étude conduite par le SEHV poursuivait trois objectifs :
- Évaluer l’impact potentiel de la loi APER en Haute-Vienne, en se concentrant sur les bâtiments et parkings publics.
- Mesurer les enjeux énergétiques, économiques et environnementaux associés.
- Accompagner les collectivités dans leur préparation, en leur fournissant des données précises et des outils opérationnels.
L’hypothèse retenue dans l’étude a été volontairement restrictive : toutes les surfaces assujetties ont été considérées comme intégralement équipées en photovoltaïque (sans recours à la végétalisation).
Lou Morriet a ensuite précisé la méthodologie et les bases de données retenues.
Deux bases principales ont été mobilisées :
- Le cadastre parcellaire (DGFIP 2024), permettant d’identifier les parcelles publiques dotées de bâtiments de plus de 500 m².
- La base de données « parkings de plus de 500 m² » du CEREMA – MaCarte EnR, recensant les parkings sur parcelles publiques et privées et les stationnements sur voirie..
L’outil GeoSEHV a permis d’automatiser l’identification des bâtiments ayant une emprise au sol >500m². Ces données ont été croisées et nettoyées pour éliminer les doublons.
Ainsi l’état des lieux a permis d’identifier :
-
595 bâtiments identifiés, représentant une surface totale de 792 000 m².
-
149 parkings potentiellement assujettis, représentant 461 000 m².
Si toutes ces surfaces étaient équipées :
- Les toitures produiraient environ 65 GWh/an, soit une puissance installée de 61 MWc, correspondant à +49 % de la production photovoltaïque actuelle de la Haute-Vienne.
- Les parkings produiraient environ 70 GWh/an, soit 67 MWc installés, représentant +53 % de la production actuelle.
Au total, le potentiel permettrait donc de doubler la production photovoltaïque du département, qui était de 133 GWh/an en 2022.
Les coûts estimés, calculés à partir de références nationales (photovoltaïque.info) et de données internes, sont conséquents :
- Projets en toitures : environ 125 M€ HT (139 M€ TTC), pour une recette potentielle de 175 M€ sur la durée de vie des installations.
- Projets en parkings/ombrières : environ 144 M€ HT (173 M€ TTC), pour une recette estimée de 185 M€.
Lou MORRIET indique que les données économiques ont fortement évoluées depuis 2024, notamment avec des montants à la baisse pour la vente totale.Elle précise que la rentabilité est fortement dépendante du mode de valorisation choisi (vente totale vs autoconsommation individuelle ou collective) et donc que l’autoconsommation individuelle ou collective pourraient être des pistes d’étude.
Lou Morriet a ensuite précisé les impacts carbone :
-
Les toitures photovoltaïques présentent un bilan carbone positif, avec environ 71 000 tCO₂ émises pour la fabrication, contre 13 000 tCO₂ évitées grâce à la production.
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Les ombrières de parking, en revanche, présentent un bilan carbone défavorable : environ 129 000 tCO₂ émises pour la construction (panneaux + structures acier), contre seulement 37 000 tCO₂ évitées.
Lou Morriet a indiqué que ce constat plaide en faveur de solutions alternatives (par exemple l’utilisation de structures bois) pour réduire l’empreinte carbone des projets d’ombrières.
Au-delà des calculs, le SEHV a produit :
- Une base de données SIG (shapefile GeoSEHV) recensant les bâtiments et parkings éligibles.
- Un tableur estimatif et une note d’information par commune, permettant aux collectivités d’identifier rapidement leur patrimoine concerné.
Ces outils visent à aider les élus à anticiper les impacts de la loi et à orienter leurs choix en matière de stratégie énergétique locale.
Martin Blazek a remercié Lou Morriet, Syndicat Energies Haute-Vienne (SEHV), pour son son retour d’expérience du photovoltaïque en Haute-Vienne avec les parkings et toitures au service de la transition énergétique locale et a invité Michel Hamzaoui, Communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (CAACM) à présenter le portail cartographique au service des énergies renouvelables en Pays d’Arles.
(Télécharger la présentation de Lou Morriet, Syndicat Energies Haute-Vienne(SEHV))
Un portail cartographique au service du développement des énergies renouvelables en Pays d’Arles

Michel Hamzaoui, géomaticien et responsable du service SIG à la Communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (ACCM), est intervenu pour présenter un projet innovant : la création d’un portail cartographique dédié au développement des énergies renouvelables en Pays d’Arles.
Le Pays d’Arles couvre 2 242 km², répartis en 29 communes et trois intercommunalités (EPCI). Le territoire compte plus de 202 000 parcelles cadastrales, ce qui illustre la complexité de l’enjeu foncier.
Il a rappelé que ce projet s’inscrit dans le cadre de la loi APER du 10 mars 2023, qui impose aux communes de délibérer sur les zones d’accélération des énergies renouvelables (ZAEnR). Cette loi complète la loi Climat et Résilience de 2021 et s’articule avec les outils régionaux (SRADDET) et locaux (SCOT, PLU).
Le calendrier d’application a été particulièrement dense :
- Juin à juillet 2023 : premières conférences territoriales et courrier ministériel aux maires.
- Fin 2023 : date limite de délibération pour les communes.
- 2024 : deuxième vague de remontée des propositions.
- 2025 : troisième conférence territoriale élargie et transmission par le Préfet de la liste des communes ayant délibéré.
À ce stade, seulement quatre communes (Arles, Saint-Martin-de-Crau, Boulbon et Saint-Pierre-de-Mézoargues) ont délibéré et défini leurs zones d’accélération, ce qui montre la difficulté du processus.
Michel Hamzaoui a rappelé que les objectifs de production d’EnR sont cadrés au niveau régional par le SRADDET Provence-Alpes-Côte d’Azur et suivis par le Comité Régional de l’Énergie, instance composée de 45 membres issus de l’État, de la Région, des collectivités, des professionnels de l’énergie et de la société civile. Ce comité a pour mission d’évaluer la suffisance des zones d’accélération, d’émettre des avis et de décliner les objectifs de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie) en objectifs régionaux.
Pour accompagner les communes, le PETR du Pays d’Arles a mis en place dès juin 2023 une cellule technique territoriale, issue d’une motion votée en conseil syndical. Cette équipe pluridisciplinaire regroupe une dizaine d’agents du PETR, du Parc naturel régional des Alpilles (PNRA) et des trois EPCI du territoire (ACCM, TPA, CCVBA). Elle mobilise des compétences variées : écologie, développement durable, transition énergétique, géomatique, urbanisme.
Sa mission : aider les communes à identifier et délimiter les zones favorables ou défavorables aux EnR, en confrontant les cartes aux projets locaux connus et aux enjeux environnementaux.
Le travail s’est déroulé en deux temps :
- Temps 1 (grosse maille) : élaboration d’une première cartographie du territoire, intégrant les enjeux rédhibitoires (zones interdites ou très contraintes).
- Temps 2 (maille fine) : examen détaillé commune par commune, en tenant compte des projets existants, des connaissances locales et des contraintes spécifiques.
Pour le photovoltaïque par exemple, l’approche distingue plusieurs gisements :
- installations au sol,
- toitures,
- ombrières de parkings,
- ombrières de canaux,
- projets flottants,
- routes solaires,
- sols agricoles à faible valeur agronomique.
Certaines filières comme le solaire thermique sont très contraintes, tandis que d’autres (toitures, parkings, flottant) apparaissent comme beaucoup plus favorables.
L’innovation majeure a été la création d’une application cartographique mutualisée au sein de la plateforme GEO d’ACCM.
Cet outil permet :
- de produire des couches « à la parcelle » pour chaque type d’énergie (solaire, éolien, hydraulique, biomasse, méthanisation, géothermie, réseaux de chaleur/froid, etc.),
- d’intégrer à la fois les zones à enjeux rédhibitoires (réglementaires et environnementales) et les zones à fort potentiel énergétique,
- de proposer trois statuts : zones d’accélération, zones d’exclusion, zones non concernées.
L’outil autorise la modification et l’exportation des cartes dans le format attendu par les services de l’État (DDTM), ce qui facilite la validation administrative.
Michel Hamzaoui, après avoir fait la démonstration de l’outil en séance, a conclu en soulignant que ce portail cartographique constitue un levier de gouvernance territoriale. Il permet aux élus de mieux visualiser les potentialités locales, de concilier développement des EnR et préservation des enjeux environnementaux, et d’entrer dans un dialogue constructif avec l’État.
Martin Blazek a remercié Michel Hamzaoui pour la présentation de cet outil qui illustre comment la donnée géographique et les outils cartographiques peuvent devenir des accélérateurs de transition énergétique au service de la souveraineté des territoires. Il a ensuite invité Philippe Mercier Docteur et chercheur au Laboratoire Universitaire des Sciences Appliquées de Cherbourg (LUSAC), Université de Caen Normandie à présenter FLOWATT, la ferme hydrolienne la plus puissante du monde au cœur du Raz Blanchard.
FLOWATT, la ferme hydrolienne la plus puissante du monde au cœur du Raz Blanchard

Philippe Mercier, ingénieur de recherche au Laboratoire Universitaire des Sciences Appliquées de Cherbourg, a présenté l’état d’avancement de la filière hydrolienne en France et en Europe, avec un focus sur le projet FLOWATT, destiné à devenir la plus grande ferme pilote d’hydroliennes au monde, implantée dans le Raz Blanchard.
L’hydrolien consiste à exploiter l’énergie cinétique des courants de marée pour produire de l’électricité grâce à des turbines sous-marines. Le potentiel mondial est considérable : 1 000 TWh/an, soit environ deux fois la consommation annuelle d’électricité de la France. On estime à près de 400 le nombre de sites exploitables à l’échelle mondiale.
En France, le Raz Blanchard (au large de la Normandie) concentre l’essentiel du potentiel national, évalué à 16 TWh/an, soit environ 3 % de la consommation électrique française. Seule une poignée de sites dans le monde présente un potentiel comparable, ce qui place la Normandie parmi les zones les plus prometteuses pour cette filière émergente.
Le développement de l’hydrolien fait face à plusieurs défis majeurs :
- Techniques : performances des turbines, résistance mécanique, corrosion, colonisation biologique des structures.
- Scientifiques : connaissance fine des courants, des fonds marins et des turbulences.
- Industriels : infrastructures portuaires, navires de maintenance, raccordement électrique.
- Financiers : coûts très élevés des fermes pilotes, dépendance aux subventions publiques et européennes.
- Réglementaires : autorisations administratives longues et nécessité de concilier les projets avec la biodiversité et les autres usages de la mer (pêche, navigation, zones protégées).
La Normandie bénéficie d’un tissu industriel adapté (construction navale, nucléaire, grands chantiers), de la proximité du port de Cherbourg, d’un aménagement dédié aux énergies marines renouvelables et du centre d’essai hydrolien de Paimpol-Bréhat en Bretagne. Elle dispose aussi d’un atout majeur avec le projet Fab Link, une interconnexion électrique entre la France et la Grande-Bretagne, qui facilitera l’évacuation de l’électricité produite.
La filière a connu un démarrage rapide dans les années 2010, puis plusieurs revers :
- 2013-2014 : DCNS (devenu Naval Group) prend le contrôle d’OpenHydro et l’État lance un appel à manifestation d’intérêt (AMI) « fermes pilotes » doté de 120 M€.
- 2018 : une usine d’hydroliennes est inaugurée à Cherbourg (investissement de 10 M€ porté par la SEM régionale SHEMA). Mais quelques mois plus tard, Naval Group ferme la structure, dénonçant le manque de visibilité et de soutien de l’État.
- 2019 : lancement du projet NH1, ferme pilote de 12 MW composée de 4 hydroliennes de 24 m de diamètre, capable d’alimenter 15 000 habitants. Mise en service prévue en 2028.
- 2020 : lancement du projet FLOWATT, soutenu par l’Union Européenne (20 M€) et par l’État (75 M€ de subventions et avances remboursables). Il prévoit l’installation de 6 hydroliennes de 21 m, pour une puissance totale de 17 MW, capable d’alimenter environ 20 000 habitants. Mise en service également prévue en 2028.
Parallèlement, de nombreux programmes de recherche ont été financés (Thymote, Physic, Hyd2m, Element, Tiger, Tidal Race…), représentant des dizaines de millions d’euros, associant France Énergies Marines, des laboratoires universitaires et des industriels.
Philippe Mercier a insisté sur l’importance du partage et de la gouvernance des données dans la filière hydrolienne. Actuellement, quatre types de données coexistent :
- Données en accès libre (bathymétrie, prévisions de courants et vagues, bases Ifremer).
- Publications scientifiques (en libre accès ou non).
- Données partagées au sein de consortiums public-privé (performances, essais).
- Données confidentielles conservées par les industriels.
Il a plaidé pour :
- renforcer la mise à disposition des données brutes par les laboratoires,
- financer spécifiquement la publication en accès libre,
- conditionner certaines subventions publiques à la diffusion de données non sensibles.
La filière hydrolienne reste fragile. Elle bénéficie d’un fort soutien européen et national, mais les échecs industriels passés (fermetures, liquidations) ont retardé son développement. Les connaissances scientifiques et techniques progressent rapidement, mais la viabilité économique reste à démontrer.
Un appel d’offres de 250 MW d’hydrolien est prévu en 2030 dans le cadre de la PPE 3. Selon les industriels, le potentiel pourrait aller jusqu’à 3 GW à terme si les premiers projets confirment leur rentabilité.
Philippe Mercier a conclu en soulignant que la filière n’est pas appelée à devenir majoritaire dans le mix électrique français, mais qu’elle peut représenter un complément stratégique, valorisant un potentiel unique au monde, créant une dynamique industrielle locale et contribuant à la souveraineté énergétique du pays.
Martin Blazek a remercié Philippe Mercier pour la présentation du projet FLOWATT et a invité l’ensemble des intervenants à les rejoindre pour la conclusion.
(Télécharger la présentation de Philippe Mercier (Dr), LUSAC, Université de Caen Normandie)

En conclusion de ce webinaire, Martin Blazek a remercié l’ensemble des intervenants pour la richesse et la clarté de leurs présentations. Chacun a apporté un éclairage complémentaire, depuis le cadrage national de la DREAL, les dynamiques régionales illustrées par la Région et l’AREC, jusqu’aux retours d’expériences concrets en Haute-Vienne, en Pays d’Arles et en Normandie.
Il a souligné que ces interventions avaient montré à quel point la souveraineté énergétique des territoires repose sur la qualité et le partage des données. Qu’il s’agisse de planification régionale, d’identification de gisements photovoltaïques ou de suivi d’un projet hydrolien, la donnée demeure un outil stratégique : elle permet de fiabiliser les choix politiques, de mieux anticiper les impacts et de favoriser la coopération entre acteurs.
Il a rappelé que la mission de PIGMA est précisément d’accompagner cette dynamique en Nouvelle-Aquitaine : mettre en réseau les acteurs publics et privés, faciliter les échanges d’expériences et développer une culture commune de la donnée.
Enfin, il a invité les participants à prolonger les échanges au-delà du webinaire, en partageant leurs retours et en répondant au questionnaire de satisfaction. Il a insisté sur l’importance de ces contributions pour améliorer les prochains rendez-vous et continuer à faire de PIGMA un lieu de ressources et de synergies au service des transitions territoriales.
Martin Blazek a conclu en remerciant de nouveau les intervenants et les participants, et en donnant rendez-vous aux membres du réseau PIGMA pour les prochaines rencontres :
- Vendredi 10 octobre, de 9h à 9h30, pour un Vendredi en veux-tu en data consacré aux données pollution (inscriptions en ligne).
- Jeudi 4 décembre, de 10h à 12h, pour le dernier café-atelier PIGMA de l’année, consacré au thème : Observatoires, outils de valorisation des territoires.
Il a précisé qu’une invitation serait très prochainement adressée aux participants pour ces événements.