GeoDataDays 2026 : l'intelligence artificielle et le spatial ouvrent de nouvelles perspectives pour les territoires
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20/10/2026

Les 16 et 17 septembre 2026, les GeoDataDays ont mis en lumière les évolutions de la donnée géographique et leurs applications pour les territoires. Parmi les sujets phares de cette 9e édition, l’intelligence artificielle (IA) et les technologies spatiales ont occupé une place importante. De l’analyse des documents d’urbanisme au suivi du littoral, en passant par la gestion de l’eau et l’observation des activités économiques, retour sur des innovations et des usages qui intéressent directement les collectivités territoriales.
L’intelligence artificielle : des données géographiques plus faciles à exploiter
L’intelligence artificielle s’intègre progressivement aux systèmes d’information géographique (SIG) et aux outils utilisés par les collectivités. Elle permet d’automatiser certains traitements, de croiser des informations et de faciliter l’accès à des données parfois complexes.
Les deux sessions consacrées à l’IA ont montré que ces technologies ne se limitent plus à produire des cartes ou à analyser des images. Elles permettent désormais d’interroger des bases de données en langage courant, de produire des indicateurs et d’accompagner les professionnels dans leurs analyses.
L’IA peut également faciliter la structuration et le partage des données. C’est le cas par exemple avec HarmonIA, un assistant développé pour accompagner l’application des standards de données géographiques. L’objectif est de faciliter leur harmonisation et leur réutilisation, tout en conservant une validation humaine aux étapes importantes.
Des applications concrètes pour l’aménagement et la gestion des territoires
Plusieurs interventions ont illustré les possibilités offertes par l’IA dans les métiers territoriaux.
Observer l’évolution du foncier et des activités économiques
Geofit a présenté un projet développé dans le cadre de France 2030 pour produire de nouveaux indicateurs à partir d’images satellitaires. L’objectif est notamment d’identifier l’usage des bâtiments, de suivre l’avancement des chantiers, d’observer l’activité des sites logistiques et de mesurer les surfaces artificialisées.
Pour reconnaître les différents usages des bâtiments, l’équipe a constitué une base de plus de 250 000 bâtiments annotés. Le modèle développé atteint 96 % de justesse dans leur classification, avec des performances variables selon les catégories.
Cette approche pourrait permettre aux acteurs publics de disposer d’indicateurs intermédiaires entre deux mises à jour des référentiels officiels.
Anticiper les tensions sur la ressource en eau
La Région Centre-Val de Loire a présenté PrevizO, une solution open source utilisant une IA frugale, peu consommatrice en énergie, pour prévoir l’évolution des cours d’eau.
L’outil permet notamment d’anticiper les périodes de basses eaux à 15 jours et jusqu’à six mois, mais aussi de suivre certains paramètres de qualité de l’eau, comme la présence de cyanobactéries.
En centralisant les informations sur la ressource en eau, PrevizO vise également à faciliter la concertation entre les acteurs concernés et à mieux anticiper les conflits d’usage.
Cet exemple montre qu’une IA adaptée à un besoin précis peut apporter des résultats utiles sans nécessiter des modèles particulièrement lourds. L’enjeu reste désormais de rendre cette solution utilisable sur d’autres territoires.
Suivre l’évolution des chantiers grâce à l’IA et aux données satellitaires
CLS et Google Maps Platform ont présenté leur collaboration autour d’Earth AI, qui associe intelligence artificielle et données d’observation de la Terre.
À travers un projet mené avec le CERTH en Grèce, ils ont montré comment ces technologies permettent de suivre régulièrement l’évolution des chantiers et d’observer les transformations d’un territoire.
Cette approche ouvre des perspectives pour les collectivités, notamment pour le suivi des travaux et des projets d’aménagement.
Faciliter la lecture des documents d’urbanisme
Autre application présentée : les assistants conversationnels dédiés aux plans locaux d’urbanisme (PLU).
Sogefi a présenté des fonctionnalités pour faciliter la recherche d’informations foncières.
Avec Urbain, SIRADEL a montré comment l’IA peut analyser les documents réglementaires et les données cartographiques pour retrouver les règles applicables à une parcelle. L’outil peut également identifier les parcelles répondant à certins critères d’implantation.
Pour les collectivités, ces outils peuvent simplifier l’accès à des documents volumineux et accélérer certaines recherches, tout en maintenant la nécessité de vérifier les informations utilisées.
Vers des SIG que l’on peut interroger en langage naturel
Une autre évolution concerne la manière d’accéder aux données géographiques.
Avec le protocole MCP (Model Context Protocol ou Protocole de Contexte de Modèle), présenté notamment par VEREMES et Enedis, un assistant IA peut se connecter à des bases de données et à des outils SIG pour réaliser des opérations à partir d’une demande formulée en langage courant.
Enedis en a proposé une démonstration : identifier les communes les plus peuplées d’un département, calculer des zones accessibles selon un temps de déplacement, puis produire un rapport.
Capgemini a détaillé une application de collecte de données sur le terrain intégrant l’IA générative. Plutôt que de renseigner de longs formulaires, les agents peuvent décrire leurs observations à l’oral ou prendre des photographies. L’IA aide ensuite à structurer les informations recueillies et à adapter l’interface aux besoins de la collecte.
Camptocamp a également présenté des travaux sur les graphes de connaissance spatiale. Cette approche vise à relier les données entre elles pour mieux comprendre les interactions sur un territoire, par exemple les conséquences d’une coupure de route sur l’accès à un établissement scolaire.
En atelier, Koumoul a présenté un assistant utilisant l’IA pour faciliter la recherche et la compréhension des données ouvertes. À partir d’une question, l’outil peut identifier des jeux de données pertinents et en proposer une synthèse. Il permet ainsi aux utilisateurs de trouver plus facilement les informations recherchées, tout en accompagnant les producteurs dans la documentation et la diffusion de leurs données.
Ces nouvelles interfaces pourraient rendre la géomatique plus accessible à des utilisateurs qui ne maîtrisent pas nécessairement les outils SIG.
Des usages à encadrer pour conserver la maîtrise des données
Les interventions ont également rappelé les limites de l’intelligence artificielle.
La fiabilité des résultats dépend de la qualité des données utilisées. Les réponses produites doivent rester vérifiables et les traitements traçables. La protection des informations sensibles, la souveraineté des solutions et la maîtrise des coûts constituent également des points de vigilance.
Les échanges sur les MCP ont notamment souligné la nécessité de maîtriser les volumes de données traités. Chaque requête mobilise des ressources informatiques, avec un coût financier et une empreinte environnementale à prendre en compte dans le déploiement de ces solutions.
Les échanges ont enfin souligné un enjeu essentiel : l’IA doit accompagner l’analyse et la décision, sans se substituer à l’expertise humaine.
(Retrouver toutes les interventions consacrées à l’intelligence artificielle aux GeoDataDays 2026)
Le spatial : de nouvelles ressources pour observer et anticiper les évolutions territoriales
Autre thématique importante des GeoDataDays 2026, le spatial a fait l’objet d’un parcours spécifique organisé avec Connect by CNES.
Les conférences ont montré comment les données satellitaires peuvent contribuer à la connaissance des territoires, au suivi de l’environnement et à l’adaptation au changement climatique.
L’un des atouts du spatial est notamment la possibilité d’observer régulièrement de vastes territoires. Cette fréquence d’acquisition permet de suivre les évolutions dans le temps et de compléter les observations aériennes et les relevés de terrain.
Un accès facilité aux images satellitaires
L’accès aux données spatiales reste un enjeu pour les collectivités, notamment en raison des coûts, de la diversité des plateformes et des compétences nécessaires à leur exploitation.
Le dispositif DINAMIS propose un accès mutualisé aux images satellitaires à très haute résolution, notamment issues des satellites SPOT et Pléiades.
Il permet aux acteurs publics et scientifiques, ainsi qu’à d’autres utilisateurs éligibles, d’accéder à ces ressources dans un cadre partagé.
De nouvelles données et de nouveaux services sont également annoncés, notamment avec l’arrivée de CO3D, une constellation permettant de produire des modèles numériques de surface pour représenter le relief et les éléments présents au sol.
Les présentations ont également évoqué l’intégration progressive des images Pléiades Neo, d’une résolution pouvant atteindre 30 centimètres, ainsi que l’arrivée de nouvelles données hyperspectrales. Ces dernières permettent d’analyser différentes propriétés des surfaces grâce aux informations enregistrées dans de nombreuses bandes du spectre lumineux. Des acquisitions ont notamment été mentionnées sur des secteurs du bassin d’Arcachon et des Landes.
En complément, le CNES et l’infrastructure de recherche Data Terra proposent des ressources, des outils et un accompagnement pour faciliter l’utilisation des données spatiales.
Des applications pour les forêts, l’agriculture et la gestion de l’eau
Les travaux présentés par le pôle THEIA de Data Terra ont illustré la diversité des usages de l’observation satellitaire.
Les images permettent notamment de suivre l’état des massifs forestiers, d’observer la végétation, de détecter des coupes rases ou d’étudier l’humidité des parcelles agricoles.
Elles contribuent également à cartographier l’érosion des sols et à mieux comprendre les phénomènes de ruissellement.
Airbus a présenté un autre exemple associant imagerie satellitaire et intelligence artificielle : la détection automatique des haies à partir d’images Pléiades Neo à 30 centimètres de résolution. Cette application illustre la possibilité d’identifier des éléments paysagers de petite taille, utiles notamment pour la connaissance des espaces agricoles et le suivi de la biodiversité.
Ces informations peuvent compléter les données de terrain et alimenter les diagnostics territoriaux, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la biodiversité et de la gestion des ressources naturelles.
Observer le littoral et accompagner l’adaptation au changement climatique
Le parcours spatial a également présenté plusieurs projets soutenus dans le cadre du Space for Climate Observatory (SCO), une initiative internationale qui mobilise les données satellitaires pour répondre aux enjeux climatiques.
Parmi les exemples présentés :
- EO4InterTopo, qui produit des cartes annuelles des zones littorales découvertes à marée basse en Normandie. Ces données permettent de suivre l’évolution du relief côtier et d’identifier les secteurs exposés à l’érosion. Les méthodes développées sont désormais étendues à l’ensemble du littoral français.
- SCOast-DT, qui développe des jumeaux numériques de territoires côtiers. Ces représentations virtuelles, alimentées par différentes données, permettent d’étudier l’évolution du trait de côte et d’accompagner les réflexions sur l’adaptation climatique. Ce projet a notamment été illustré par des travaux menés à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. En associant des données sur le relief terrestre et les fonds marins, le jumeau numérique permet d’étudier les zones exposées au risque de submersion marine.
- VOQUALISE, Volume and Water Quality in Senegal, un projet mené au Sénégal pour suivre les volumes et la qualité de l’eau des réservoirs en haute Casamance, à partir de données satellitaires, climatiques et de mesures réalisées sur le terrain.
Ces projets montrent l’intérêt de croiser les données spatiales avec les observations locales. Ils rappellent aussi que les images satellitaires ne remplacent pas les relevés de terrain, indispensables pour vérifier et interpréter les résultats.
Le parcours spatial a également donné la parole aux utilisateurs lors d’un atelier prospectif organisé par le CNES et l’IGN. Les échanges ont permis de faire remonter plusieurs besoins concrets : mieux observer les zones humides, étudier les effets de la chaleur sur les infrastructures ou disposer de données complémentaires lorsque la couverture nuageuse limite l’exploitation des images optiques.
L’objectif est de mieux prendre en compte les attentes des acteurs territoriaux dans le développement des futurs services spatiaux.
(Découvrir le parcours « Le spatial pour les territoires » des GeoDataDays 2026)
IA, spatial et données territoriales : des enjeux communs pour les collectivités
Au-delà des innovations technologiques, les GeoDataDays 2026 ont mis en évidence une même priorité : mieux exploiter les données pour répondre aux besoins des territoires.
L’intelligence artificielle facilite leur analyse et leur utilisation, tandis que le spatial apporte de nouvelles informations pour observer les évolutions territoriales. Deux approches complémentaires, dont l’efficacité dépend de la qualité des données, de leur accessibilité et de la capacité des acteurs à les partager.
Les échanges ont également rappelé l’importance de la mutualisation des ressources, de l’interopérabilité des outils et de la coopération entre acteurs publics et privés. Des principes qui font écho à la démarche portée par PIGMA et ses partenaires en Nouvelle-Aquitaine.
L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de nouvelles technologies, mais de savoir comment les utiliser concrètement. Pour les collectivités, cela suppose de partir des besoins métiers, de s’appuyer sur des données fiables et de conserver la maîtrise des analyses et des décisions.