Données territoriales : de la production à la gouvernance partagée
Animation, Café-atelier, Données
03/10/2026

Le café-atelier PIGMA du 2 octobre 2026, qui comptabilisait plus de 120 inscrits, s’est intéressé à un enjeu devenu central pour les territoires : comment organiser, mutualiser et piloter la donnée à l’échelle territoriale ? À travers des retours d’expérience menés à différentes échelles en dehors de la Nouvelle-Aquitaine, les intervenants ont montré comment passer de la production de données à une gouvernance partagée. De la donnée considérée comme patrimoine territorial à sa mise en œuvre dans des projets concrets, ce webinaire a mis en lumière les conditions nécessaires pour fiabiliser, partager et valoriser les données au service de l’action publique. Compte-rendu.
En ouverture de webinaire, Victoire Roux-Barucq, GIP ATGeRi/PIGMA, après avoir accueilli les participants, a rappelé les bonnes pratiques pour optimiser l’expérience de l’évènement.
Puis Martin Blazek, en charge de l’animation de la plateforme PIGMA au sein du GIP ATGeRi, a remercié les intervenants et les participants pour leur mobilisation. Avec plus de 120 inscrits et 90 partenaires en ligne, ce nouveau rendez-vous confirme l’intérêt de la communauté PIGMA pour les enjeux liés à la donnée territoriale.
Il a posé d’emblée la question qui allait guider les deux heures d’échanges : comment organiser, mutualiser et piloter la donnée à l’échelle des territoires ?
De plus en plus de données au service des politiques publiques
Martin Blazek a rappelé que la production et l’utilisation de données occupent désormais une place centrale dans pratiquement toutes les politiques publiques territoriales. Urbanisme, foncier, mobilités, environnement, risques, réseaux, équipements, transition écologique ou encore gestion des infrastructures : les collectivités et leurs partenaires s’appuient quotidiennement sur des volumes croissants de données pour exercer leurs missions.
Ces données sont cependant produites par une multitude d’acteurs, à différentes échelles territoriales, avec des outils, des méthodes et des finalités qui peuvent varier fortement.
Dans ce contexte, l’enjeu ne consiste plus simplement à disposer de toujours davantage de données. Avoir accès à la donnée ne suffit plus : encore faut-il pouvoir lui faire confiance, la comprendre, la partager et la réutiliser.
La question évolue donc. Au-delà de savoir quelles données sont disponibles, il devient nécessaire de déterminer comment s’organiser collectivement pour en faire un véritable patrimoine territorial, fiable, partagé et réutilisable.
La gouvernance de la donnée, un enjeu très concret pour les territoires
Martin Blazek a ainsi replacé la gouvernance de la donnée au centre de la matinée. Derrière une notion qui peut paraître théorique se trouvent, selon lui, des problématiques très opérationnelles auxquelles les collectivités sont aujourd’hui confrontées.
Qui produit une donnée et qui en porte la responsabilité ? Qui garantit sa qualité et son actualisation ? Comment la documenter afin qu’elle puisse être comprise et utilisée par d’autres acteurs ? Comment construire et partager des référentiels communs ? Comment répartir les responsabilités entre les services métiers, les équipes data et les systèmes d’information ?
Une question est particulièrement déterminante : comment faire en sorte que les données disponibles soient effectivement réutilisées pour répondre aux besoins des métiers et conduire des projets territoriaux ?
Cette problématique rejoint directement la vocation de PIGMA. Portée par le GIP ATGeRi, la plateforme accompagne depuis de nombreuses années les acteurs publics dans le partage, la gestion, la valorisation et la gouvernance de leurs données. Elle vise notamment à créer les conditions permettant à ses partenaires de partager leurs données, mais également leurs méthodes et leurs expériences, afin de mieux comprendre les territoires et d’éclairer l’action publique.
Les événements PIGMA s’inscrivent dans cette même logique : connecter les acteurs, mutualiser les expériences, favoriser la montée en compétences et gagner collectivement en efficacité.
De la notion de patrimoine de données aux usages métiers à différentes échelles territoriales
Pour traiter cette problématique, Martin Blazek a présenté un programme construit de manière progressive, depuis les enjeux généraux de gouvernance jusqu’à leur traduction dans des projets concrets à travers plusieurs expériences menées en dehors de la Nouvelle-Aquitaine.
La première étape devait permettre de comprendre pourquoi la donnée peut désormais être considérée comme un patrimoine qu’il convient d’organiser et de gouverner. La réflexion devait ensuite se déplacer à l’échelle régionale pour examiner la manière dont une gouvernance peut concrètement être structurée : quels acteurs mobiliser, comment répartir les rôles et les responsabilités et autour de quelle feuille de route organiser l’action collective ?
Le café-atelier devait ensuite se rapprocher progressivement des usages, à travers deux retours d’expérience métropolitains consacrés à un enjeu essentiel : améliorer la qualité, la documentation et la valorisation des données afin de faciliter leur réutilisation par les métiers.
Enfin, la dernière intervention devait permettre de passer de la gouvernance à l’action. Martin Blazek a insisté sur ce point : la gouvernance de la donnée n’est pas une finalité en soi. Elle doit créer les conditions permettant de réaliser des projets, de développer de nouveaux usages et, in fine, de mieux répondre aux besoins des territoires.
En conclusion de son introduction, il a rappelé le fil conducteur de la matinée : la gouvernance de la donnée ne relève pas uniquement d’un enjeu technique ou organisationnel. Elle doit avant tout permettre de disposer de données fiables, de mieux les partager et, surtout, de les rendre réellement mobilisables par les métiers et les projets territoriaux.
Il a ensuite invité Hélène Begon, Ecolab au ministère de la Transition écologique, à poser le cadre général et expliquer pourquoi la donnée doit aujourd’hui être envisagée comme un véritable patrimoine territorial.
De la donnée au patrimoine territorial : pourquoi gouverner la donnée aujourd’hui ? Panorama des enjeux de gouvernance de la donnée

Hélène Bégon a ouvert son intervention en replaçant la gouvernance territoriale de la donnée dans un cadre plus large : aucun territoire ne fonctionne isolément. Les territoires s’emboîtent les uns dans les autres et les données circulent entre différentes échelles, du local au national, jusqu’aux niveaux européen et international.
Elle a choisi de concentrer son propos sur les comités territoriaux de la donnée (CTD), qui constituent l’une des formes possibles d’organisation de cette gouvernance et une démarche à laquelle Ecolab est particulièrement attaché.
Une culture de la donnée déjà ancienne au ministère de la Transition écologique
Hélène Bégon a d’abord expliqué pourquoi Ecolab et le ministère de la Transition écologique et de l’Aménagement du territoire sont particulièrement impliqués sur ces questions.
Les politiques conduites par le ministère sont fortement territorialisées et s’appuient depuis longtemps sur la production, le partage et l’utilisation de données. Cette culture s’est notamment structurée autour de dispositifs comme la directive INSPIRE ou la Convention d’Aarhus sur l’accès aux informations relatives à l’environnement.
À cela s’ajoutent l’importance des services déconcentrés de l’État et leurs relations avec les collectivités territoriales. Pour Hélène Bégon, cette histoire explique l’attention particulière portée par le ministère à la structuration de la donnée, non seulement pour ses propres politiques publiques, mais également parce que celles-ci contribuent largement à la connaissance et à la description des territoires.
La donnée est devenue un sujet politique à part entière
Son premier constat a été simple : la donnée mérite aujourd’hui d’être gouvernée.
Pour les professionnels présents au café-atelier, cette affirmation peut sembler évidente. Elle l’est moins pour l’ensemble des décideurs. Or, la donnée numérique est désormais directement liée à des sujets politiques majeurs : vie démocratique, souveraineté, cybersécurité des entreprises comme des citoyens, protection des données personnelles ou encore respect des obligations légales en matière d’ouverture, de partage et de protection des données.
Dès lors, l’enjeu consiste à se donner un lieu permettant de discuter collectivement de ces questions et de les faire entrer davantage dans la décision politique locale.
Ce lieu doit aussi permettre de « dézoomer » : un sujet de donnée traité localement peut être lié à une politique nationale, à une réglementation européenne ou à des enjeux internationaux. La gouvernance territoriale doit donc permettre de faire le lien entre ces différentes échelles.
Hélène Bégon a également insisté sur la nécessité de mieux faire dialoguer élus et experts de la donnée. Les premières expérimentations de CTD montrent que les élus restent encore peu présents dans ces instances. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, mais elle a notamment identifié un possible déficit de compréhension des enjeux. À défaut de participer directement, les élus pourraient davantage y associer leurs principaux collaborateurs et ne pas laisser ces réflexions aux seuls spécialistes techniques.
Faire circuler des données réellement utilisables entre les acteurs
Le deuxième enjeu concerne directement le fonctionnement du service public. Celui-ci repose de plus en plus sur un usage efficace des données, mais croiser des informations provenant de multiples sources reste complexe.
Il ne suffit pas de disposer des données. Encore faut-il pouvoir y accéder et faire en sorte qu’elles soient homogènes, cohérentes, comparables et interopérables. Cela suppose notamment de travailler sur les standards et de remettre régulièrement ces questions sur la table afin que la circulation des données devienne progressivement plus fluide.
À ces difficultés techniques s’ajoutent les questions juridiques liées aux données partagées ou à accès restreint.
Hélène Bégon a également pointé une difficulté récurrente : la circulation entre le niveau national et le niveau local reste imparfaite, y compris pour certaines données qui pourraient théoriquement être accessibles. Des données nationales sont nécessaires aux territoires et, inversement, des données produites localement peuvent être utiles à l’échelle nationale.
Une instance de gouvernance peut également devenir un lieu où les territoires partagent leurs initiatives et leurs usages. Elle a rappelé qu’il existe une multitude d’observatoires, de plateformes et de projets locaux, notamment en Nouvelle-Aquitaine. Mieux faire circuler l’information permettrait parfois de rejoindre ou de réutiliser un dispositif existant plutôt que d’en recréer un similaire.
Anticiper collectivement les évolutions liées à l’IA et aux nouvelles technologies
Troisième enjeu développé : l’accélération des technologies liées aux données et à l’intelligence artificielle.
Pour Hélène Bégon, les territoires ont besoin d’un espace où ils puissent réfléchir collectivement à leur adaptation à ces évolutions. Elle a cité plusieurs sujets très concrets : implantation des data centers, développement de clusters d’excellence en recherche sur la donnée et l’IA, formation professionnelle, formation des agents publics, mais aussi avenir des plateformes de données.
Elle a notamment évoqué les plateformes régionales de données, souvent construites dans le cadre de coopérations entre l’État et les Régions. L’enjeu est à la fois de pérenniser ces outils, de les stabiliser et de préparer leur connexion aux nouvelles infrastructures qui se dessinent, notamment les espaces communs de données à l’échelle européenne.
Mutualiser aussi les moyens financiers, techniques et humains
Hélène Bégon a ensuite abordé un quatrième aspect, économique et budgétaire.
Gouverner la donnée permet aussi de prioriser collectivement les investissements : achats de données, équipements, logiciels ou infrastructures. Les arbitrages ne doivent pas être réalisés uniquement sous un angle technique, mais également en fonction de leur pertinence économique et budgétaire.
Une gouvernance commune peut aider à rechercher de nouveaux financeurs et à mutualiser des logiciels, des équipements ou des compétences. Elle peut également faciliter la préparation de demandes de financements collectives, notamment auprès des dispositifs européens ou dans le cadre des Contrats de plan État-Région (CPER).
Hélène Bégon a estimé que des démarches regroupant plusieurs collectivités pourraient permettre de porter une vision plus structurée et de plus long terme que des demandes conduites séparément territoire par territoire.
Elle a enfin souligné que l’économie de la donnée reste encore insuffisamment étudiée, y compris à l’échelle internationale. À titre personnel, elle verrait ainsi un intérêt à associer des laboratoires universitaires aux futurs comités territoriaux de la donnée afin d’approfondir ces questions.
Les comités territoriaux de la donnée : un cadre à adapter à chaque territoire
Après avoir exposé ces grands enjeux, Hélène Bégon a précisé ce que recouvre concrètement la notion de comité territorial de la donnée.
Le terme est issu du rapport Data et Territoires, remis en septembre 2023. Elle a souligné la qualité de son diagnostic et de ses préconisations, qui ont conduit plusieurs régions à engager des démarches de création de CTD.
Elle a cependant apporté une précision essentielle : un comité territorial de la donnée n’est pas un objet juridique et ne repose pas sur une organisation imposée. Il appartient à chaque territoire de définir la forme qui lui paraît la plus adaptée.
Le rapport Data et Territoires et les travaux conduits au sein du Conseil national de l’information géolocalisée privilégient néanmoins l’échelle régionale, considérée comme pertinente pour animer la donnée territoriale. Le CTD pourrait réunir les principales collectivités, l’État, ses services concernés, notamment les DREAL et DDT, ainsi que des acteurs tels que l’Insee ou l’IGN.
Cette échelle régionale n’exclut surtout pas d’autres périmètres. Hélène Bégon a pris deux exemples : le département peut être plus pertinent pour certaines données sociales et le bassin versant pour les données liées à l’eau. L’enjeu consiste alors à organiser correctement l’articulation entre ces différents niveaux.
Un CTD permettrait également au territoire de disposer d’une organisation clairement identifiée pour dialoguer avec le niveau national, la coordination nationale pouvant idéalement s’inscrire, comme le préconise le rapport, au sein du CNIG.
L’État doit lui aussi améliorer sa propre gouvernance de la donnée
Hélène Bégon a tenu à apporter une nuance importante à son propos : l’État n’est pas lui-même dans une situation optimale en matière de gouvernance de la donnée.
Elle a indiqué constater régulièrement, au sein même de l’État, différentes initiatives qui gagneraient à être davantage coordonnées, y compris sur les sujets relevant de la transition écologique.
La démarche portée autour des CTD ne consiste donc pas, selon elle, à ce que l’État explique aux territoires comment ils doivent s’organiser. Il s’agit de progresser simultanément vers une meilleure articulation des acteurs aux différentes échelles.
Des feuilles de route orientées vers les usages et le moyen terme
Les CTD auraient vocation à travailler sur le moyen et le long terme.
Hélène Bégon a cité plusieurs missions possibles : définir des feuilles de route pour le partage des données, identifier les cas d’usage prioritaires, déterminer les jeux de données à ouvrir ou à partager en priorité et mieux répartir les rôles entre les acteurs.
La dimension financière doit également faire partie de cette réflexion, car les besoins de mutualisation et de priorisation devraient devenir encore plus importants dans les prochaines années.
Ces instances pourraient aussi rapprocher les plateformes existantes, accompagner la constitution d’espaces communs de données associant notamment le secteur privé, ou encore venir en appui de politiques publiques fortement consommatrices de données.
Hélène Bégon a notamment cité les démarches régionales liées à la transition écologique : plutôt que d’ajouter à la complexité de leur gouvernance une nouvelle coordination spécifique sur les données, un CTD pourrait prendre en charge ce volet en amont.
Des premières régions qui expérimentent des modèles différents
L’intervenante a ensuite présenté les premières démarches engagées, en insistant sur la diversité des modèles.
Dans le Grand Est et les Hauts-de-France, les CTD s’appuient sur les plateformes de données État-Région déjà existantes, respectivement DataGrandEst et Géo2France. L’objectif est de faire évoluer leur gouvernance, d’élargir leurs moyens financiers et, à terme, de remutualiser certains moyens à l’échelle territoriale.
En Occitanie, la démarche a pris une autre direction. Le comité s’est doté d’une gouvernance ad hoc et cherche d’abord à démontrer son utilité à travers des cas d’usage, autour de trois sujets : l’éducation, les mobilités et la santé globale. La logique consiste ainsi à montrer concrètement que mieux gouverner et partager la donnée produit de la valeur avant de consolider le dispositif.
Dans les Pays de la Loire, la dynamique est davantage pilotée par la Région, avec un portage État-Région moins marqué, même si les échanges entre leurs services sur la donnée restent fluides.
Hélène Bégon a également signalé la création, en Corse, d’un service public de la donnée et de l’intelligence artificielle, avec une implication plus marginale et conditionnelle des services de l’État.
Ces différentes configurations illustrent précisément le principe défendu tout au long de son intervention : il n’existe pas de modèle unique de gouvernance territoriale de la donnée.
Une aide à la préfiguration dont a déjà bénéficié la Nouvelle-Aquitaine
Pour les territoires souhaitant engager ou approfondir cette réflexion, Hélène Bégon a rappelé qu’Ecolab, au sein du Commissariat général au développement durable, peut apporter une aide de 15 000 euros pour préfigurer un CTD ou étudier sa faisabilité.
Cinq régions en ont déjà bénéficié, dont la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne, Grand Est, Hauts-de-France et l’Occitanie.
Enfin, elle a annoncé un prochain temps d’étape : le 3 novembre 2026, le Conseil national de l’information géolocalisée organisera une réunion, ouverte aux acteurs intéressés, afin de dresser un bilan trois ans après le rapport Data et Territoires et de faire le point sur la gouvernance territoriale de la donnée.
Chaque territoire reste maître de la composition de son CTD
Interrogée à l’issue de son intervention sur la possibilité d’associer aux CTD des producteurs de données ouvertes et libres tels qu’OpenStreetMap, Hélène Bégon a d’abord rappelé un principe : ce n’est pas à l’État ni à Ecolab de déterminer quels acteurs doivent intégrer ces comités. Chaque territoire construit sa propre gouvernance et choisit les participants qu’il souhaite associer, éventuellement à travers un comité de pilotage resserré complété par des groupes de travail plus ouverts.
Concernant OpenStreetMap, elle a néanmoins souligné qu’il s’agit d’un acteur important de l’écosystème de la donnée, déjà représenté au niveau du CNIG. Son association à un comité territorial de la donnée apparaît donc tout à fait légitime dès lors que le territoire concerné souhaite l’intégrer.
Cette réponse est venue conforter le fil directeur de son intervention : les comités territoriaux de la donnée ne constituent pas un dispositif à appliquer uniformément, mais un cadre permettant à chaque territoire de mieux organiser collectivement la production, le partage, le financement et surtout l’usage de ses données.
Martin Blazek a remercié Hélène Bégon pour son intervention. Il a ensuite invité Samuel Volet, du GIP RECIA, à partager son expérience de la structuration d’une gouvernance de la donnée à l’échelle régionale, afin d’en éclairer l’organisation, les acteurs et les responsabilités.
(Télécharger la présentation d’Hélène Bégon, Ecolab ministère de la Transition écologique)
Construire une gouvernance partagée : organisation, rôles et feuille de route : Comment structurer une démarche de gouvernance de la donnée à l’échelle d’un territoire régional ?

Samuel Volet a choisi de présenter la démarche engagée en Centre-Val de Loire sous la forme d’un retour d’expérience. Dans le prolongement de l’intervention d’Hélène Bégon sur les comités territoriaux de la donnée, il a souhaité montrer comment une gouvernance régionale peut concrètement émerger d’une histoire déjà longue de coopération autour de la donnée.
Son premier enseignement est précisément que la gouvernance de la donnée ne se décrète pas. En Centre-Val de Loire, le lancement récent d’un Service public régional de la donnée, auquel ont été associés les enjeux liés à l’intelligence artificielle, s’inscrit dans une dynamique initiée il y a plus de quinze ans.
Une histoire de la donnée territoriale qui débute dès 2009
Samuel Volet est ainsi revenu sur l’histoire régionale pour expliquer la situation actuelle. Les enjeux géopolitiques, l’essor de l’intelligence artificielle ou encore les tensions financières qui pèsent sur la sphère publique renforcent aujourd’hui la nécessité d’une gouvernance de la donnée. Mais, en Centre-Val de Loire, la réflexion autour des données, et notamment des données géographiques, est bien antérieure.
Elle remonte notamment à 2009, lorsque le préfet de région a souhaité mettre en place une infrastructure régionale de données dans le contexte de la directive INSPIRE. L’objectif était alors principalement de permettre aux services de l’État de cataloguer et de mettre à disposition leurs données, en particulier dans le domaine environnemental.
Cette mission a été confiée au GIP RECIA, groupement d’intérêt public déjà implanté dans la région, afin de développer une infrastructure permettant aux acteurs de cataloguer leurs données et d’accéder à différents services associés.
Samuel Volet a établi à ce titre un parallèle avec PIGMA : si l’histoire et les missions initiales des deux GIP diffèrent, les deux territoires disposent d’une structure mutualisée sur laquelle ils ont pu progressivement construire leurs politiques de partage de données.
Le GIP RECIA, d’un opérateur numérique à un acteur régional de la donnée
Le GIP RECIA est initialement né de la volonté de la Région, de l’État et notamment du rectorat de mutualiser la gestion des infrastructures informatiques des établissements d’enseignement.
Plus de vingt ans après, cette mission demeure importante : le GIP gère aujourd’hui environ 60 000 terminaux, parmi lesquels des postes informatiques, serveurs, switches ou routeurs utilisés dans les lycées, écoles d’infirmières et certains collèges. Il a également développé des espaces numériques de travail, avec un attachement historique aux solutions libres.
Son périmètre s’est progressivement élargi, notamment avec le développement de la plateforme régionale de données géographiques. Sa gouvernance associe aujourd’hui l’État, la Région, les universités et de nombreux autres acteurs. Environ 700 collectivités sont membres du GIP.
Cette évolution a également conduit RECIA à travailler sur des données qui dépassent largement le champ de l’information géographique. Samuel Volet a notamment cité l’accompagnement des collectivités dans la dématérialisation de leurs actes administratifs : 15 000 délibérations par an, mais également des marchés publics, budgets et différentes données produites par les collectivités sont ainsi traités et remontés vers la plateforme régionale et vers data.gouv.fr.
Ces informations ne sont pas nécessairement géographiques, mais elles renseignent le territoire et participent, à ce titre, à une conception plus large de la donnée territoriale.
La SCORAN, un cadre politique et opérationnel pour inscrire la donnée dans la stratégie régionale
Samuel Volet a ensuite présenté un autre élément structurant de la démarche régionale : la SCORAN, Stratégie de COhérence Régionale d’Aménagement Numérique.
Animée par le GIP RECIA à la demande du préfet de région et du président du Conseil régional, cette stratégie était historiquement adossée au Contrat de plan État-Région et principalement orientée vers les infrastructures et le déploiement de la fibre.
Elle a progressivement évolué pour accorder davantage de place aux usages numériques.
Samuel Volet a insisté sur son caractère pragmatique : la SCORAN ne constitue pas seulement un document d’orientation. Elle comprend des fiches projets destinées à inscrire les politiques numériques dans une réalité opérationnelle. La plateforme régionale de données comme les objectifs de constitution d’un GéoCommun régional y trouvent ainsi leur place.
Ce cadre a contribué à créer une convergence entre les besoins techniques déjà identifiés par les professionnels et une prise de conscience politique plus récente des enjeux liés à la donnée.
De GéoCentre à Do.TeRR : élargir la communauté au-delà de la géomatique
L’infrastructure de données géographiques mise en place à partir de 2009 s’est notamment développée autour des outils de catalogage et de diffusion de GéoCentre.
Mais l’expérience a également montré les limites d’une approche centrée sur les seuls outils et sur le catalogage. À partir de 2018, le GIP RECIA a donc souhaité renforcer l’animation de la communauté régionale, dans un mouvement comparable à celui engagé par d’autres plateformes territoriales de données.
Cette évolution a conduit à la création de Do.TeRR, le réseau régional des données territoriales en Centre-Val de Loire. Le choix même de la notion de « données territoriales » traduisait la volonté de ne plus se limiter aux seules données géographiques.
Cette évolution intervenait également au moment où les politiques d’open data prenaient de l’ampleur.
Le travail engagé a alors consisté à retourner sur les territoires, rencontrer les producteurs et les utilisateurs de données et mieux comprendre l’écosystème régional. Samuel Volet a utilisé à plusieurs reprises l’image du « bâton de pèlerin » pour décrire ce travail de terrain et d’animation.
Au fil des années, cette démarche a permis aux acteurs de mieux se connaître, apprendre à collaborer, échanger leurs données puis aller progressivement vers leur coproduction.
C’est précisément ce socle relationnel et opérationnel qui a rendu possible l’étape suivante.
Une accélération politique au cours des deux dernières années
La démarche s’est accélérée au cours des deux dernières années.
Lors de la Commission régionale de stratégie numérique de 2025, le président du Conseil régional et le préfet de région ont demandé qu’une réflexion soit engagée pour aller vers une stratégie politique de la donnée et une gouvernance plus clairement identifiée.
Cette demande régionale est intervenue au moment où les réflexions nationales progressaient elles aussi, notamment à travers les travaux du CNIG et les rapports consacrés à la gouvernance et à la souveraineté des données géographiques.
Samuel Volet a souligné l’intérêt de cette convergence : les travaux nationaux ont donné un écho et un cadre supplémentaires à une dynamique déjà engagée régionalement.
À la suite de cette commission, le GIP RECIA a engagé une importante phase de concertation. Une trentaine d’acteurs publics du Centre-Val de Loire ont été rencontrés : observatoires, syndicats d’énergie, syndicats mixtes ouverts, collectivités, métropoles et départements notamment.
Le choix a été fait de rencontrer des responsables capables de porter une vision stratégique, notamment des directeurs généraux des services, des directeurs et, lorsque cela était possible, des élus.
L’objectif était de repartir des réalités territoriales : de quelles données les acteurs ont-ils besoin ? Que souhaitent-ils produire ensemble ? Quelles données pourraient-ils acquérir en commun ? Et comment souhaitent-ils participer à une gouvernance partagée ?
La création d’un Service public régional de la donnée et de l’IA
Ce travail a conduit à une nouvelle étape lors de la Commission régionale de stratégie numérique 2026 : le président du Conseil régional et le préfet de région ont annoncé conjointement la création d’un Service public régional de la donnée, auquel les enjeux d’intelligence artificielle ont également été associés, donnant naissance au SPRD.IA.
Ce service s’appuiera sur une instance politique de décision correspondant au Comité territorial de la donnée.
Mais, conformément au principe exposé précédemment par Hélène Bégon, le Centre-Val de Loire n’a pas souhaité créer artificiellement une nouvelle structure. Le CTD doit prendre place au sein de la Commission régionale de stratégie numérique, qui réunit déjà chaque année le président de Région et le préfet de région.
Samuel Volet a insisté sur cette volonté de capitaliser sur l’existant plutôt que d’empiler les instances.
Le GIP RECIA s’est vu confier non pas la responsabilité exclusive du Service public régional de la donnée, mais celle de sa dynamique d’animation et de concertation, aux côtés du Conseil régional, des services déconcentrés de l’État et des autres acteurs régionaux concernés.
Fédérer les écosystèmes de données déjà présents sur le territoire
Cette future gouvernance n’a pas vocation à remplacer les réseaux existants mais à mieux les articuler.
Samuel Volet a notamment cité le Climate Data Hub, initiative du Conseil régional destinée à rapprocher acteurs publics et privés autour de données liées aux enjeux environnementaux dans un cadre de tiers de confiance.
Il a également mentionné les différents observatoires régionaux intervenant notamment dans les domaines de la santé, de l’énergie, des émissions de gaz à effet de serre ou de l’économie, les agences d’urbanisme ainsi que le réseau de la connaissance, animé par la DREAL pour les services déconcentrés de l’État.
Le monde universitaire et de la recherche participe lui aussi à cet écosystème, notamment à travers l’Atelier de la donnée en Centre-Val de Loire, qui accompagne la mobilisation et la publication des données de recherche.
L’enjeu du SPRD.IA est donc bien d’élargir la communauté construite autour de Do.TeRR et Géo-Centre afin de fédérer un cercle plus large d’acteurs concernés par la gouvernance de la donnée.
Deux premiers pôles métiers pour partir des besoins concrets
L’annonce politique du SPRD.IA ne signifie cependant pas, selon Samuel Volet, que le travail de gouvernance est achevé. Au contraire, il s’agit d’une nouvelle étape après des années de construction progressive.
La démarche entend désormais s’appuyer sur des cas d’usage métiers.
Deux pôles ont ainsi été récemment lancés.
- Le premier concerne les mobilités, avec un premier focus sur le vélo et les mobilités douces. Le Centre-Val de Loire dispose d’un patrimoine touristique important, notamment autour des châteaux de la Loire, ainsi que d’un réseau développé d’itinéraires cyclables. L’objectif est donc de réunir les acteurs concernés autour de la production et de l’utilisation de données communes.
- Le second porte sur la consommation des fluides dans les bâtiments publics. La Région gère un patrimoine immobilier important avec les lycées ; les Départements sont confrontés aux mêmes problématiques avec les collèges, tout comme les autres collectivités pour leurs propres bâtiments. Là encore, la donnée constitue le point de départ d’une problématique métier commune à plusieurs niveaux de collectivités.
Du GéoCommun régional à Panoramax et à une IA de confiance
Samuel Volet a complété ces deux cas d’usage par plusieurs projets déjà portés régionalement.
Le GéoCommun régional s’appuie notamment sur un triptyque associant cadastre, orthophotographie à très haute résolution et vues immersives, ces ressources pouvant également alimenter des usages comme le PCRS.
Le GIP RECIA s’est notamment engagé dans le déploiement d’une instance régionale Panoramax, en lien avec l’IGN et OpenStreetMap, afin d’aider les acteurs territoriaux à produire et partager leurs propres vues immersives à l’échelle régionale.
La démarche s’étend également à l’intelligence artificielle. RECIA expérimente « mon IA », en collaboration avec l’opérateur public de services numériques ARNia, en Bourgogne-Franche-Comté. L’objectif est d’accompagner les collectivités à la fois avec un outil d’IA de confiance et dans l’élaboration d’une charte d’utilisation de l’IA pour leurs agents. La solution s’appuie notamment sur Mistral.
Samuel Volet a enfin cité Focus Marché, plateforme de marchés publics développée avec deux autres opérateurs publics de services numériques, Mégalis Bretagne et ARNia, permettant notamment aux acteurs publics du Centre-Val de Loire de publier leurs marchés.
Ces exemples illustrent l’élargissement progressif de la démarche : partie de la donnée géographique, elle couvre désormais des champs beaucoup plus vastes de la donnée publique et du numérique.
Des coopérations nationales pour l’interopérabilité et la souveraineté
Le lien entre le GIP RECIA et Ecolab s’inscrit lui aussi dans une histoire ancienne. L’infrastructure déployée à partir de 2009 s’appuie sur Prodige, commun numérique ministériel coordonné par Ecolab.
Cette coopération se poursuit aujourd’hui avec des travaux destinés à connecter les infrastructures de données aux futurs data spaces, notamment autour d’un espace de données consacré au bâtiment en lien avec les travaux sur la consommation des fluides.
RECIA participe également à des démarches collectives réunissant des infrastructures publiques afin de mutualiser les développements, renforcer l’interopérabilité des outils et favoriser la souveraineté numérique.
Faire de la donnée un enjeu politique sans perdre de vue les besoins métiers
En conclusion, Samuel Volet est revenu sur ce qu’il considère comme l’évolution la plus importante de ces dernières années.
Pendant longtemps, la donnée a essentiellement été appréhendée comme un sujet technique et opérationnel, nécessaire par exemple pour administrer un réseau d’assainissement, produire un référentiel ou répondre à un besoin métier.
Le contexte actuel change son statut. Les enjeux géopolitiques, l’intelligence artificielle, les contraintes budgétaires et les questions de souveraineté convergent avec les besoins très concrets des collectivités. En Centre-Val de Loire, cette convergence a conduit le président du Conseil régional et le préfet de région à reconnaître plus explicitement la dimension politique et stratégique de la donnée.
Pour les communautés techniques qui produisent, utilisent, documentent et partagent quotidiennement les données, cette reconnaissance politique constitue selon lui une évolution positive : la donnée a un coût, mais elle possède également une valeur stratégique qui dépasse désormais ses seuls usages opérationnels.
Samuel Volet a enfin insisté sur l’intérêt de laisser chaque territoire construire son organisation à partir de son histoire, de ses acteurs et des dynamiques déjà existantes. Le parcours du Centre-Val de Loire n’est ni celui de la Nouvelle-Aquitaine, ni celui de la Bretagne ou de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Il n’existe donc pas, selon lui, de « recette » unique de la gouvernance territoriale de la donnée. En revanche, ces organisations différentes ont intérêt à converger vers des objectifs communs et à s’inscrire dans une coordination nationale permettant de capitaliser sur les expériences de chacun.
C’est précisément ce que montre le parcours engagé en Centre-Val de Loire : le Service public régional de la donnée et de l’IA n’est pas le point de départ de la gouvernance régionale. Il constitue une nouvelle étape d’une dynamique construite depuis 2009, fondée sur l’animation des communautés, l’écoute des besoins, la coproduction de données et la coopération entre acteurs.
Martin Blazek a remercié Samuel Volet pour son intervention. Il a ensuite invité Julie Romagon, Rennes Ville et Métropole à partager son regard métropolitain sur la qualité, la documentation et la valorisation des données au travers de cas d’usages.
Gouverner pour réutiliser : qualité, documentation et valorisation des données. Comment transformer un stock de données en ressource utile pour les métiers ? Cas de Rennes Métropole

Julie Romagon, chargée de mission animation de l’écosystème territorial des données à Rennes Métropole, a présenté le retour d’expérience du projet Rudi, développé pour organiser le partage des données entre les acteurs du territoire métropolitain.
Son intervention a permis de revenir sur la construction progressive de cette démarche, mais surtout sur les enseignements qui en sont aujourd’hui tirés. Si Rudi fournit une solution technique pour partager des données, l’expérience rennaise montre en effet que l’outil ne suffit pas : le partage repose aussi sur l’animation d’une communauté, les relations entre producteurs et réutilisateurs et l’émergence de projets concrets autour de la donnée.
À Rennes, une culture de la donnée construite sur plusieurs décennies
Julie Romagon a tout d’abord replacé Rudi dans une histoire de la donnée déjà ancienne à Rennes.
Parmi les principales étapes, elle a rappelé la création d’une base de données urbaine dès 1994, puis d’une maquette 3D de la ville de Rennes en 2000. Rennes a également été pionnière en matière d’open data en devenant, en 2010, la première ville française à publier un catalogue de données ouvertes. Depuis, plusieurs centaines de jeux de données portant sur des thématiques très diverses ont progressivement été ouverts.
Une nouvelle étape a été franchie entre 2017 et 2019 avec une réflexion sur la création d’un Service public métropolitain de la donnée (SPMD), menée avec sept partenaires.
Il ne s’agissait alors plus uniquement d’ouvrir des données, mais de réfléchir à la donnée comme bien commun et à la manière d’organiser une gouvernance partenariale. Plusieurs questions ont émergé : quelles règles communes adopter pour gérer les données territoriales ? Quelle place donner aux citoyens ? Comment associer davantage d’acteurs publics, privés ou associatifs ?
Ces deux années ont aussi permis d’animer un premier réseau d’acteurs et d’organiser des rencontres autour de ces problématiques.
Rudi, une démarche pour organiser le partage des données à l’échelle du territoire
C’est dans le prolongement de ces réflexions qu’est né Rudi.
Mené entre 2019 et 2023 avec 12 partenaires et un financement de l’Union européenne, le projet avait une ambition plus large que la seule création d’une plateforme : réfléchir collectivement à la manière d’orchestrer le partage des données sur un territoire.
Julie Romagon a insisté sur le caractère très collaboratif de cette période, marquée par de nombreux échanges et expérimentations. L’un de ses résultats a néanmoins été le développement d’une solution technique permettant à différents acteurs de partager leurs données dans un catalogue commun.
Parallèlement, Rennes Métropole a poursuivi la structuration de sa propre politique de la donnée. En 2024, elle s’est dotée d’une stratégie de la donnée, dont l’un des axes concerne spécifiquement la coopération avec les acteurs du territoire. La même année a été créé le Service Données Territoriales et Information Géographique (SDTIG), issu de la fusion des anciens services data et SIG.
Ce service rassemble aujourd’hui plus de 40 personnes. Rennes Métropole travaille également à la constitution d’un réseau de référents data dans ses différentes directions, avec l’objectif de disposer progressivement d’un interlocuteur identifié dans chacune d’entre elles.
Une plateforme conçue pour laisser la maîtrise des données aux producteurs
Julie Romagon a ensuite expliqué pourquoi Rennes Métropole et ses partenaires avaient fait le choix de développer leur propre solution.
Les outils disponibles au moment du lancement du projet ne répondaient pas complètement aux besoins identifiés. Il fallait notamment disposer d’une solution open source, ne pas être trop dépendant d’un prestataire, pouvoir traiter des données de différentes natures et ne pas se limiter aux seules données géographiques.
Un autre besoin était déjà identifié : permettre le partage de données en accès restreint, et pas uniquement de données ouvertes.
C’est cette combinaison de besoins qui a conduit au développement de la plateforme Rudi.
Son principe est celui d’un système décentralisé. Chaque producteur dispose de son propre espace, appelé « nœud producteur », à partir duquel il peut publier les données qui seront ensuite référencées dans le catalogue Rudi.
La particularité importante est que les données ne sont pas stockées dans Rudi : elles restent chez leur producteur. Ce choix permet à chaque organisme de conserver la maîtrise de ses données et le responsabilise quant à leur gestion. Rudi comme les nœuds producteurs sont par ailleurs open source.
Partager des données ouvertes, mais aussi des données en accès restreint
Le dispositif permet également au producteur de choisir les conditions dans lesquelles ses données pourront être utilisées.
Lorsqu’elles sont ouvertes, elles peuvent être directement accessibles depuis le catalogue. Mais Rudi permet également de proposer des données en accès restreint.
Dans ce cas, un utilisateur intéressé décrit son projet et adresse une demande au producteur. Celui-ci reste décisionnaire et peut accepter ou refuser l’accès.
Pour Julie Romagon, ce fonctionnement répond à un principe essentiel du projet : permettre le partage tout en laissant la maîtrise des conditions d’accès entre les mains de celui qui produit la donnée.
Rudi est par ailleurs pensé pour mettre en relation des producteurs très différents avec des réutilisateurs qui ne disposent pas nécessairement du même niveau d’expertise en matière de données.
La qualité de l’air pour expérimenter Rudi sur un projet partenarial concret
Pour montrer comment Rudi peut être utilisé aujourd’hui, Julie Romagon s’est appuyée sur un projet en cours autour de la qualité de l’air.
Ce cas d’usage s’inscrit dans le projet City Orchestra, qui réunit 17 partenaires autour de quatre cas d’usage et cherche à harmoniser les données nécessaires à la transition écologique des territoires.
Sur le volet consacré à la qualité de l’air, l’objectif est notamment de mieux comprendre l’impact des différentes sources d’émission, parmi lesquelles les chaufferies des réseaux de chaleur urbains.
Le projet mobilise plusieurs acteurs, dont Rennes Métropole, l’agence chargée de la qualité de l’air, l’Université de Rennes et une entreprise privée. Il nécessite également de croiser des données issues de sources très différentes.
Ces données sont traitées pour réaliser des simulations, des modélisations et des visualisations. Le travail doit notamment permettre de mieux objectiver l’impact réel des différentes sources d’émission, d’en communiquer les résultats aux riverains et au grand public et d’alimenter le Plan de protection de l’atmosphère.
Rassembler données, traitements, partenaires et livrables autour d’un même cas d’usage
Ce cas concret illustre l’une des difficultés auxquelles Rudi cherche à répondre.
Un projet partenarial de ce type mobilise simultanément plusieurs organisations, de nombreuses sources de données, des traitements successifs, de la documentation et différents livrables.
Dans le cas présenté, des données issues notamment des stations de mesure de la qualité de l’air, de capteurs mobiles, du trafic, de la météo ou encore de capteurs installés sur des chaufferies sont retraitées puis utilisées pour effectuer des simulations et des modélisations. Parmi les livrables figurent notamment une plateforme de simulation ainsi qu’un projet Git destiné à automatiser les modélisations.
Rudi permet à chacun des partenaires producteurs de disposer de son propre nœud et de publier les données qu’il souhaite partager. Celles-ci sont ensuite référencées dans le catalogue commun.
Chaque organisation dispose également de sa propre page, à partir de laquelle elle peut valoriser ses jeux de données, ses réutilisations et les informations qu’elle souhaite rendre accessibles.
Créer un point d’entrée commun pour valoriser le projet
Pour Julie Romagon, l’intérêt de Rudi est aussi de pouvoir rassembler dans un même environnement les différentes composantes d’un projet qui seraient autrement dispersées.
Une plateforme de simulation peut se trouver à un endroit, un projet Git à un autre et la documentation ailleurs. Le catalogue des réutilisations de Rudi permet de créer un point d’entrée commun reliant les jeux de données utilisés, la réutilisation qui en est faite et les différents livrables associés.
Cette organisation permet également de rendre visible la dimension collective du projet : il ne s’agit pas d’une réalisation portée uniquement par Rennes Métropole, mais bien du résultat du travail de plusieurs organisations partenaires.
Rudi joue ainsi plusieurs rôles : partager et valoriser les données et leurs traitements, rassembler la documentation et les livrables, rendre visible le travail partenarial et créer un espace susceptible d’accueillir de futures collaborations.
La mise en visibilité du cas d’usage peut enfin favoriser de nouvelles réutilisations et, éventuellement, sa réplication sur d’autres territoires.
L’un des principaux enseignements : l’outil ne suffit pas
Après ce cas d’usage, Julie Romagon est revenue sur les enseignements tirés de la première phase du projet Rudi.
Entre 2019 et 2023, les partenaires ont en quelque sorte cherché à imaginer ce que pourrait être un dispositif idéal de partage des données : qui sont les producteurs ? De quoi ont-ils besoin ? Qui réutilise les données ? Quelle place donner aux habitants et aux usagers ?
L’expérimentation a rapidement montré que les attentes varient fortement selon les profils des acteurs.
Mais elle a surtout fait émerger un enseignement essentiel : ce qui structure une dynamique territoriale de partage de données n’est pas uniquement la plateforme. Les rencontres, les échanges et l’animation de la communauté sont déterminants.
À l’issue du projet européen, plusieurs défis restaient donc à relever : élargir la communauté au-delà des partenaires historiques de Rudi, éprouver la plateforme sur de nouveaux cas d’usage et maintenir une animation dans la durée.
L’expérience des années suivantes a d’ailleurs confirmé cette analyse. Le portail est resté actif après la fin du projet, mais, faute de ressources spécifiquement consacrées à l’animation pendant un temps, la dynamique de communauté s’est elle aussi ralentie.
De 2026 à 2028, remettre l’animation au cœur de la démarche
Rennes Métropole a donc décidé d’ouvrir une nouvelle phase d’expérimentation entre 2026 et 2028.
L’objectif n’est plus de considérer Rudi comme une finalité, ni de chercher uniquement à augmenter le nombre de données partagées. La plateforme doit devenir un outil parmi d’autres au service de l’écosystème territorial de la donnée.
La Métropole souhaite désormais développer les usages locaux, consolider les liens entre acteurs et recréer une dynamique territoriale. Cette stratégie passe notamment par l’accompagnement des partenaires dans l’appropriation de Rudi, l’organisation d’événements, le soutien à des projets partenariaux et la proposition de services adaptés aux besoins des acteurs.
Julie Romagon a ainsi résumé l’enjeu : la donnée ne constitue pas une finalité en soi ; elle doit être mise au service de projets et d’usages coopératifs.
Vers un cadre de confiance et une gouvernance locale ouverte
Les deux prochaines années doivent donc servir de période de test grandeur nature.
Rennes Métropole souhaite expérimenter Rudi comme cadre de confiance pour l’échange de données publiques et privées, renforcer les collaborations public-privé et mettre davantage la donnée au service des projets du territoire.
Cette expérimentation doit aussi permettre de préparer l’étape suivante : identifier, à partir de ce qui aura réellement fonctionné, des scénarios permettant d’installer une animation pérenne et une gouvernance locale ouverte. L’ensemble doit également contribuer à la mise en œuvre de la stratégie data de Rennes Métropole.
Julie Romagon a donc présenté Rudi comme une démarche encore en construction : le retour d’expérience n’est pas achevé et de nouveaux enseignements sont attendus d’ici 2028.
Une démarche locale qui cherche aussi à apprendre des autres territoires
Interrogée à l’issue de sa présentation sur l’articulation avec les autres échelles territoriales, Julie Romagon a précisé que son propre périmètre d’intervention se situait principalement à l’échelle de Rennes Métropole, mais que la démarche n’était pas conduite en vase clos.
Des échanges existent notamment avec la Région Bretagne, le Département et d’autres collectivités. Elle a cité les échanges avec Brest Métropole, dont certaines initiatives locales peuvent différer de celles développées à Rennes.
Rennes Métropole ne cherche donc pas à présenter son modèle comme celui qu’il faudrait reproduire partout. Malgré l’ancienneté de son expérience en matière de données, la collectivité entend aussi observer ce qui se construit ailleurs, confronter les approches et s’en inspirer lorsque cela est pertinent.
Ce positionnement rejoint finalement l’un des principaux enseignements de son intervention : qu’il s’agisse du fonctionnement interne de Rudi ou des relations avec les autres territoires, la gouvernance et le partage de données reposent moins sur un outil unique que sur la capacité à organiser durablement la coopération entre les acteurs.
Martin Blazek a remercié Julie Romagon pour son intervention. Il a ensuite invité Florent Berault, Métropole Européenne de Lille (MEL), à partager un autre retour d’expérience à l’échelle d’une métropole structurée à partir de la démarche d’open data.
(Télécharger la présentation de Juile Romagon, Rennes Métropole)
Gouverner pour réutiliser : qualité, documentation et valorisation des données. Comment transformer un stock de données en ressource utile pour les métiers ? Cas de la MEL Métropole Européenne de Lille

Florent Berault, chargé de mission mutualisation de la donnée à la Métropole Européenne de Lille (MEL), a présenté le retour d’expérience de la Métropole autour de l’évolution de sa politique open data et de la création de dataMEL, sa plateforme territoriale de données.
Son intervention a surtout montré le changement d’approche engagé depuis 2020 : après plusieurs années consacrées à ouvrir et diffuser un volume important de données, la MEL a cherché à mieux gouverner leur cycle de vie, harmoniser leur production, faciliter leur réutilisation et proposer de nouveaux services aux communes, aux partenaires et aux métiers.
De l’ouverture massive des données à la nécessité de mieux les gouverner
La MEL mène une politique active d’ouverture des données depuis 2016. Dès 2018, elle a proposé aux communes de son territoire d’utiliser son portail métropolitain pour publier et diffuser leurs propres données, dans le cadre de son schéma de mutualisation.
Florent Berault a rappelé l’échelle de cette démarche : la Métropole Européenne de Lille regroupe 95 communes et environ 1,2 million d’habitants.
Entre 2016 et 2020, cette politique d’ouverture s’est traduite par la constitution d’un patrimoine important, avec plus de 500 jeux de données, une consommation significative des services proposés et une vingtaine de communes engagées dans la démarche.
Mais après quatre années, la MEL a porté un regard critique sur cette première phase. Le volume de données ouvertes était conséquent, mais le patrimoine constitué restait hétérogène, insuffisamment gouverné et associé à des processus très diversifiés.
L’ergonomie de la plateforme devait également être revue et les échanges avec les utilisateurs et réutilisateurs restaient insuffisants. Surtout, la Métropole a identifié la nécessité de garantir davantage la fiabilité et la qualité des données diffusées. À cela s’ajoutait le coût jugé important de la solution utilisée à l’époque.
L’année 2020 marque ainsi un changement de perspective : ouvrir des données ne suffisait plus. Il devenait nécessaire de repenser l’ensemble de la démarche.
Passer d’un portail open data à une plateforme territoriale de données
Dans le cadre de cette réflexion et d’un appel à projets France Relance, la MEL a engagé la refonte de son portail et choisi de s’appuyer sur geOrchestra, une solution open source initialement pensée comme infrastructure de données géographiques.
Entre 2022 et 2024, différents développements ont permis de faire évoluer cette infrastructure pour passer progressivement d’une logique d’IDG à une véritable plateforme territoriale de données.
Ce changement répondait à plusieurs ambitions. La première consistait à dépasser la seule logique open data : dataMEL devait permettre de diffuser des données au grand public, mais également de partager des données de manière restreinte, par exemple entre la MEL et ses communes, ses délégataires ou ses partenaires.
La seconde évolution concernait le cycle de vie de la donnée. Il ne s’agissait plus simplement de disposer d’une plateforme de diffusion, mais d’un environnement permettant d’intervenir depuis la collecte ou la création de la donnée jusqu’à sa publication et sa réutilisation.
Enfin, un important travail a été mené sur l’expérience utilisateur. Florent Berault a rappelé que certaines briques historiques de geOrchestra, comme GeoServer ou GeoNetwork, n’étaient pas nécessairement faciles à prendre en main pour tous les utilisateurs. La MEL s’est donc appuyée sur de l’UX (design de l’expérience utilisateur) et UI (design d’interface utilisateur) design et de la co-construction avec les communes afin de mieux répondre aux besoins fonctionnels et aux cas d’usage.
Le choix de l’open source pour faire évoluer et mutualiser l’outil
Le caractère open source de geOrchestra a joué un rôle important dans le choix de la MEL.
Florent Berault l’a présenté comme un commun numérique : les développements et évolutions réalisés par la Métropole peuvent être reversés au projet et bénéficier à d’autres utilisateurs.
Son architecture modulaire permet également d’ajouter de nouvelles briques et de faire évoluer les fonctionnalités en fonction des besoins métiers. La MEL a ainsi développé ou fait développer plusieurs fonctions qui ont ensuite rejoint le socle commun.
Autre intérêt souligné : geOrchestra s’appuie sur des standards et des normes, notamment géographiques, ce qui facilite l’interopérabilité et le moissonnage des données. C’est l’un des gains identifiés par la Métropole par rapport à la solution propriétaire utilisée précédemment.
dataMEL comme guichet unique des données du territoire métropolitain
Avec cette évolution, dataMEL a vocation à devenir progressivement le guichet unique des données territoriales de la Métropole, à la fois pour accéder aux données et pour y contribuer.
La plateforme n’est pas réservée aux services de la MEL. Elle est également utilisée par les communes, les délégataires, les partenaires et certaines associations du territoire. Florent Berault a notamment cité les opérateurs de transport et d’eau, ainsi que l’Association Droit au Vélo et l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole.
dataMEL propose ainsi différents services couvrant l’ingestion, la collecte et la création des données, leur catalogage, leur valorisation cartographique ou décisionnelle ainsi que leur exposition et leur consommation.
Pour illustrer concrètement cette évolution, Florent Berault a ensuite présenté trois cas d’usage correspondant à des besoins différents.
Les données vélo : permettre à un partenaire de contribuer directement à la plateforme
Le premier exemple concerne les données produites par l’Association Droit au Vélo (ADAV).
L’association dispose notamment de données de comptages manuels réalisées depuis 1999 et de données issues de capteurs. Ces informations peuvent ensuite être mobilisées par les services de la MEL chargés notamment de la mobilité ou de la voirie pour suivre la dynamique du vélo sur le territoire.
Lors de sa démonstration, Florent Berault a montré comment un contributeur pouvait directement publier ses données dans dataMEL. Contrairement au modèle décentralisé présenté précédemment par Rennes Métropole avec Rudi, les données sont ici stockées et centralisées dans l’environnement geOrchestra.
Chaque contributeur dispose néanmoins de son propre espace en base de données. Ce cloisonnement permet de sécuriser les informations et de laisser chaque organisme responsable des données qu’il publie.
Un travail particulier a également été réalisé pour simplifier la saisie des métadonnées. Chaque contributeur peut disposer d’un modèle adapté à son profil, avec certaines informations déjà intégrées. L’objectif est de rendre le catalogage moins contraignant, notamment pour des utilisateurs peu familiers de ces pratiques.
Le contributeur peut ensuite gérer les droits d’accès et choisir entre données ouvertes et données à accès restreint. Une fois publiées, les données sont accessibles dans le catalogue avec différents formats de téléchargement, des API, une représentation cartographique et une vue tabulaire.
Pour les métiers, l’intérêt réside ensuite dans la possibilité d’utiliser ces données pour alimenter des tableaux de bord et des observatoires thématiques, à partir d’informations régulièrement mises à disposition par les partenaires.
Les diagnostics en marchant : harmoniser la collecte entre les communes
Le deuxième cas d’usage concerne les diagnostics en marchant réalisés notamment dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Jusqu’alors, les communes pouvaient effectuer leurs observations sur le terrain à l’aide de formulaires papier avant de devoir ressaisir les informations.
La MEL a intégré à dataMEL le module GeoContrib, qui permet désormais de saisir directement sur le terrain les dysfonctionnements constatés : dépôts sauvages, problèmes de voirie, nids-de-poule ou autres observations sur l’espace public.
Les agents peuvent renseigner différentes informations, ajouter une photographie, identifier le gestionnaire concerné et affecter le signalement, par exemple à la MEL ou à un bailleur social.
Au-delà de la dématérialisation, Florent Berault a surtout insisté sur l’harmonisation de la donnée produite. Une observation saisie à Roubaix, Tourcoing ou Villeneuve-d’Ascq suit désormais la même structure. Cette standardisation facilite ensuite le reporting, la production d’indicateurs et l’exploitation métropolitaine des données.
Le dispositif intègre également une gestion territorialisée des droits : une commune n’a pas nécessairement accès aux observations effectuées sur le territoire d’une autre commune. Cette fonctionnalité répond à un besoin directement exprimé par les collectivités et a été développée puis reversée au code de GeoContrib.
Des observatoires pour rendre directement les données utiles aux métiers
Le troisième exemple présenté concernait la création d’observatoires thématiques, notamment avec l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole (ADULM).
L’Agence peut publier et cataloguer sur la plateforme les données qu’elle utilise, parmi lesquelles des données issues de l’Insee, puis s’appuyer sur le module Superset, intégré à geOrchestra, pour produire ses propres tableaux de bord.
Florent Berault a notamment présenté l’exemple de l’Observatoire métropolitain de l’emploi.
Les tableaux de bord produits peuvent ensuite être rendus publics ou réservés à certains utilisateurs, comme les communes, les élus ou les agents, grâce au système de gestion des droits.
L’objectif est également de rendre progressivement les contributeurs autonomes dans la valorisation de leurs propres données. Après formation et dans le cadre défini avec la MEL, ils peuvent gérer leurs données, produire leurs tableaux de bord et choisir leurs modalités de partage.
Maîtriser le cycle de vie plutôt que simplement diffuser des données
À travers ces trois exemples, Florent Berault a mis en évidence le changement de logique opéré par la Métropole.
La plateforme permet désormais de travailler sur différentes étapes du cycle de vie de la donnée, depuis sa collecte jusqu’à sa diffusion et sa valorisation. Elle permet également de partager des règles communes, des bonnes pratiques, des standards et des référentiels.
Le catalogage est lui aussi harmonisé : les contributeurs utilisent des principes communs pour renseigner leurs métadonnées, ce qui améliore la cohérence des informations présentées aux utilisateurs.
La MEL est ainsi passée d’une politique consistant principalement à diffuser un grand volume de données, sans gouvernance suffisamment structurée, à une plateforme permettant de mieux maîtriser leur cycle de vie, de construire une gouvernance partagée avec les communes et les partenaires et de proposer de nouveaux services aux utilisateurs.
Après la plateforme, renforcer l’animation et la gouvernance territoriale
Après environ deux années de fonctionnement de la nouvelle plateforme, Florent Berault a souligné que le chantier ne pouvait pas s’arrêter à l’outil technique.
Comme dans d’autres territoires, l’animation et la gouvernance territoriale doivent désormais être renforcées. Les fonctionnalités existent, mais il reste à développer de nouveaux cas d’usage et à favoriser l’appropriation de la plateforme.
Un deuxième niveau de gouvernance concerne directement le commun geOrchestra. La MEL souhaite renforcer les coopérations avec d’autres utilisateurs afin de partager une feuille de route, rationaliser certains développements et mutualiser leur financement.
Florent Berault a notamment évoqué les collaborations croissantes avec la Région Hauts-de-France, qui utilise également geOrchestra, ainsi qu’avec Rennes Métropole.
Qualité, espaces communs de données et IA parmi les prochains chantiers
La feuille de route porte également sur les espaces communs de données. L’enjeu est de pouvoir structurer des espaces à l’échelle locale tout en étant capable d’alimenter des data spaces ou des espaces thématiques nationaux. Cela suppose notamment de travailler sur l’interopérabilité, les normes et la sécurité.
La qualité des données diffusées constituera également un chantier important en 2027. La MEL prévoit d’intégrer des fonctions permettant de profiler les données et de produire des indicateurs portant notamment sur leur contenu, leur exhaustivité ou la présence de valeurs aberrantes.
Enfin, Florent Berault a annoncé l’intégration prochaine de deux agents d’intelligence artificielle dans dataMEL.
Le premier doit assister les contributeurs dans la saisie et le formatage des métadonnées, tout en maintenant une validation humaine. L’objectif reste le même que dans les développements précédents : faciliter le travail des contributeurs.
En parallèle, la MEL souhaite identifier certains jeux comme « données de référence ». Ce marquage permettrait notamment d’orienter les systèmes d’IA utilisés par la Métropole ou les communes vers des données considérées comme suffisamment fiables pour être privilégiées dans leurs traitements.
Ces différents développements doivent alimenter la feuille de route de la plateforme entre 2027 et 2029.
Un investissement initial important, puis des coûts de fonctionnement maîtrisés
Interrogé à l’issue de son intervention sur le coût de la plateforme et de son animation, Florent Berault a distingué plusieurs postes.
La phase de transformation menée entre 2022 et 2024 a nécessité un investissement initial important, notamment pour faire évoluer geOrchestra d’une infrastructure orientée données géographiques vers la plateforme territoriale présentée pendant le webinaire. Ces développements, soutenus dans le cadre de France Relance, ont représenté entre 400 000 et 500 000 euros.
La MEL conserve désormais une enveloppe d’investissement pouvant atteindre environ 80 000 euros par an pour financer de nouvelles évolutions, sans que celle-ci soit systématiquement consommée intégralement.
Les coûts fixes de fonctionnement sont de l’ordre de 40 000 euros par an, correspondant notamment à la maintenance et à l’infogérance de la plateforme par un prestataire.
Florent Berault a enfin précisé que l’animation était réalisée en interne. En cumulant les différentes ressources mobilisées pour l’animation, la publication des contenus et l’accompagnement du dispositif, il estime l’effort à environ un équivalent temps plein (1 ETP).
Ce dernier échange complète ainsi l’un des enseignements centraux de son intervention : faire d’un patrimoine de données une ressource réellement utile ne repose pas uniquement sur une plateforme. Cela nécessite de gouverner les données, d’organiser leur qualité et leur documentation, de développer des usages concrets et de consacrer des moyens à l’animation de l’écosystème.
Martin Blazek a remercié Florent Berault pour son intervention. Il a ensuite invité Guillaume Martin, Datactivist, à partager comment passer de la gouvernance des données à la coopération territoriale, illustrés de quelques conseils pour passer à l’action.
(Télécharger la présentation de Florent Berault, MEL Métropole Européenne de Lille)
De la gouvernance des données à la coopération territoriale : quelques conseils pour passer à l’action

Pour clôturer les interventions de ce café-atelier, Guillaume Martin, co-gérant de Datactivist et animateur de l’Observatoire Data Publica, a proposé de déplacer légèrement le regard. Après plus de dix années consacrées aux politiques, stratégies et gouvernances de la donnée, notamment après une expérience en collectivité territoriale, il a choisi de partir d’une question très concrète : une fois la gouvernance définie, comment passer à l’action ?
Pour lui, la réponse tient en un mot : la coopération. La gouvernance est indispensable, mais elle ne suffit pas à elle seule à produire des usages. Il a donc proposé plusieurs conseils pragmatiques, issus des missions conduites par Datactivist et de différents exemples observés en France et en Europe, pour favoriser la coopération autour des données territoriales.
S’intéresser à toutes les données qui décrivent le territoire, pas seulement aux données publiques
Guillaume Martin a commencé par revenir sur la notion même de donnée territoriale, en s’appuyant notamment sur les travaux menés en 2024 autour de la gouvernance de la donnée territoriale.
Le point essentiel, selon lui, est qu’une donnée territoriale se définit par le territoire qu’elle décrit et non par l’acteur qui la produit. Elle peut être utile au pilotage d’une politique publique territoriale et contribuer à l’intérêt général sans avoir nécessairement été produite par une collectivité ou par l’État.
Cette approche conduit à élargir fortement le périmètre des données à prendre en compte.
Les acteurs territoriaux pensent naturellement aux données publiques, produites par les collectivités, les administrations ou les services de l’État. À celles-ci s’ajoutent les données d’intérêt général, qui peuvent notamment être produites dans le cadre de délégations ou de missions de service public. Guillaume Martin a cité à ce titre des acteurs tels qu’Enedis ou GRDF, ainsi que des organismes ou associations exerçant certaines missions d’intérêt général.
Mais une troisième catégorie mérite selon lui davantage d’attention : les données privées d’intérêt territorial. Des plateformes et opérateurs numériques comme Waze, Airbnb, SeLoger ou Booking produisent des informations susceptibles de renseigner sur le fonctionnement d’un territoire. Des données sont également produites par les associations, les citoyens et plus largement la société civile, avec des exemples tels qu’OpenStreetMap, InfoClimat ou les associations d’usagers du vélo.
Toutes ces données ne sont pas nécessairement ouvertes ni directement accessibles. Elles peuvent néanmoins contribuer à décrire le territoire. Pour Guillaume Martin, une démarche de gouvernance ou de coopération territoriale gagne donc à identifier l’ensemble de cet écosystème de données plutôt qu’à se limiter à celles détenues par les acteurs publics.
Partir du problème à résoudre avant de partir de la donnée
Son deuxième conseil peut sembler paradoxal venant d’un professionnel de la donnée : il ne faut pas nécessairement commencer par la donnée.
L’entrée par la donnée n’est pas toujours la meilleure manière de fédérer largement les acteurs d’un territoire. La donnée reste avant tout un moyen permettant de répondre à une problématique territoriale, et non une finalité.
Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’il s’agit d’associer des habitants, des associations ou des usagers. Il peut être difficile de les mobiliser autour d’un projet présenté comme une démarche de « gouvernance de la donnée ». Une problématique concrète, comme la qualité de l’air, est en revanche immédiatement compréhensible et permet de réunir plus facilement des acteurs différents. La question des données nécessaires pour agir peut alors intervenir dans un second temps.
Cette approche permet également d’éviter un écueil observé dans de nombreux projets : construire une plateforme de données sans avoir préalablement identifié ses usages. Avant de créer l’outil, il convient donc de se demander à quels besoins il doit répondre.
À Copenhague, une coopération née d’un problème énergétique commun
Pour illustrer cette démarche, Guillaume Martin a présenté l’exemple d’Energispring à Copenhague.
Plus de 50 propriétaires immobiliers publics et privés se sont réunis autour d’un objectif commun : réduire la consommation énergétique de leurs bâtiments. Le point de départ n’était donc pas la création d’une plateforme ou le partage de données, mais un problème concret auquel tous étaient confrontés.
C’est en recherchant les moyens d’agir collectivement que la donnée s’est imposée comme une partie de la solution.
Les partenaires ont créé un dispositif jouant le rôle de tiers de confiance, auquel chacun transmet ses données brutes de consommation. En retour, chaque propriétaire bénéficie d’éléments de comparaison lui permettant de situer les performances énergétiques de ses bâtiments par rapport à celles de bâtiments comparables détenus par les autres participants.
Les données brutes des autres propriétaires ne lui sont pas communiquées : ce sont les analyses et les comparaisons qui sont restituées. Le dispositif s’accompagne ensuite d’un travail destiné à aider les propriétaires à réduire leurs consommations.
Pour Guillaume Martin, cet exemple montre qu’un dispositif de partage de données pertinent peut naître d’un problème métier partagé. Les partenaires n’avaient pas décidé initialement de créer une infrastructure de données : ils ont identifié la donnée comme l’un des moyens permettant de répondre collectivement à leur objectif. Le support résume cette logique autour d’un tiers de confiance alimenté par plus de 50 propriétaires publics et privés.
Coopérer ne signifie pas nécessairement partager immédiatement ses données
Le troisième enseignement porte sur les différentes formes que peut prendre la coopération.
Guillaume Martin a insisté sur la nécessité d’avancer par paliers. Une collectivité n’a pas besoin de commencer par construire une plateforme de données ni de disposer de plusieurs centaines de milliers d’euros pour engager une démarche de coopération territoriale.
Le premier niveau peut être beaucoup plus simple : se connaître et échanger des pratiques.
Les acteurs peuvent ensuite décider de travailler ensemble sur des standards et des référentiels communs, sans pour autant partager immédiatement leurs données. Cette étape permet déjà de rechercher davantage d’interopérabilité entre les informations produites par différents organismes sur une même thématique.
La coopération peut ensuite progresser vers le partage de données, puis vers la mutualisation d’outils et de services et la construction collective de cas d’usage.
Cette progression n’a d’ailleurs rien de strictement linéaire : un cas d’usage commun peut parfois être développé sans passer préalablement par toutes ces étapes. L’essentiel est de retenir que coopérer ne signifie pas obligatoirement mettre toutes les données en commun dès le départ.
La gouvernance intervient alors comme un cadre transversal permettant d’accompagner et de faciliter ces différentes formes de coopération.
L’open data peut abaisser le coût d’entrée de la coopération
Guillaume Martin a ensuite abordé la question de l’ouverture des données. S’il est parfois indispensable de travailler avec des données dont l’accès doit rester restreint, son expérience montre que la coopération est généralement plus simple lorsque les données peuvent être ouvertes.
Le partage de données non ouvertes oblige en effet les partenaires à définir des conventions, des règles d’accès et des conditions d’utilisation spécifiques. Ces modalités doivent être discutées entre collectivités, acteurs privés, associations ou autres organismes concernés.
Or, ces aspects juridiques et organisationnels peuvent rapidement devenir un frein. Guillaume Martin a indiqué avoir observé des coopérations multi-acteurs qui n’avaient pas abouti faute de moyens humains, techniques, financiers ou juridiques suffisants pour organiser ce partage.
Une coopération peut ainsi partir d’un besoin parfaitement identifié et d’une volonté commune, puis se heurter au moment du partage aux interrogations de chaque organisation : quelles données peuvent être transmises ? À qui ? Dans quelles conditions ? Avec quelles autorisations ?
L’open data simplifie une partie de cette organisation : la licence fournit une règle du jeu commune et réduit le nombre de dispositions spécifiques à négocier entre partenaires. Cette ouverture peut également permettre d’élargir les réutilisations au-delà du cercle des acteurs initialement impliqués.
Ouvrir des données ne suffit cependant pas à créer une coopération
Guillaume Martin a immédiatement nuancé ce constat : publier des données territoriales ne signifie pas automatiquement coopérer.
L’ouverture doit s’accompagner d’une animation de la dynamique. Les producteurs doivent aller à la rencontre des utilisateurs et des réutilisateurs, comprendre leurs besoins et entretenir les relations entre les différentes communautés concernées.
Il a ainsi rejoint plusieurs constats formulés plus tôt pendant le café-atelier : une politique de données ne peut pas reposer uniquement sur une infrastructure technique. La coopération suppose de créer et d’animer les relations entre ceux qui produisent, partagent et utilisent les données.
OpenStreetMap : la coopération ne s’arrête pas à la publication des données
Pour illustrer la capacité de l’open data à soutenir des coopérations très larges, Guillaume Martin a pris l’exemple d’OpenStreetMap. Le projet réunit des contributeurs individuels, des associations, des collectivités territoriales et des entreprises autour d’une même base de données cartographique ouverte.
Cette coopération est facilitée par un cadre commun : les données sont placées sous licence ouverte ODbL. Les différents acteurs peuvent ainsi contribuer à une même ressource et la réutiliser selon des règles connues de tous. OpenStreetMap constitue aujourd’hui, selon la présentation, la base de données cartographique ouverte la plus exhaustive au monde.
L’exemple permet surtout de prolonger le message développé précédemment : ouvrir les données facilite leur circulation, mais la coopération repose aussi sur la capacité à faire vivre une communauté de producteurs et d’utilisateurs autour d’une ressource commune.
La coopération peut également devenir un levier de financement
Le cinquième conseil proposé par Guillaume Martin porte sur une dimension très opérationnelle : dans un contexte de diminution des ressources et des moyens disponibles pour les acteurs publics, coopérer peut permettre de rendre possibles des projets qu’un acteur aurait davantage de difficultés à porter seul.
La mutualisation peut concerner les coûts d’acquisition des données, mais aussi leur gestion, leur maintenance ou encore les infrastructures nécessaires à leur exploitation. Une démarche collective peut également faciliter l’accès à certains financements nationaux ou européens.
Le Plan Corps de Rue Simplifié (PCRS) en fournit une illustration concrète. Ce référentiel topographique répond aux besoins de plusieurs catégories d’acteurs, notamment les collectivités et les gestionnaires de réseaux. Plutôt que de produire séparément une information répondant à des besoins communs, ces acteurs peuvent financer ensemble sa production, en fonction des moyens et des besoins de chacun.
La coopération permet ainsi de dépasser la seule question du partage de données : elle peut porter sur leur production même et sur les moyens nécessaires pour disposer collectivement d’un référentiel utile au territoire.
L’intelligence artificielle, nouvel objet de coopération territoriale
Guillaume Martin a également ouvert la réflexion sur l’intelligence artificielle, qui s’impose rapidement comme un nouveau terrain de coopération entre acteurs territoriaux.
Cette coopération peut prendre plusieurs formes : constitution de groupes de travail et échanges de bonnes pratiques, mutualisation de solutions, adaptation ou entraînement de modèles et développement collectif de cas d’usage.
Cette dynamique appelle néanmoins à la vigilance. L’IA se déploie rapidement dans les administrations, alors que les méthodes d’évaluation, les garde-fous ou encore la qualité des données ne progressent pas toujours au même rythme.
Deux principes sont ainsi mis en avant : déterminer clairement le cadre et les règles applicables avant d’engager des cas d’usage territoriaux, mais aussi assurer la transparence des usages et l’implication de la société civile dans les collaborations et les dispositifs de gouvernance.
Cette ouverture sur l’IA prolonge finalement la réflexion développée pendant toute l’intervention : les nouveaux usages technologiques ne suppriment pas le besoin de gouvernance. Ils rendent au contraire encore plus nécessaire la définition collective des règles, des responsabilités et des conditions d’utilisation des données.
Commencer simplement : identifier une donnée et ceux qui la produisent ou l’utilisent
Plutôt que de chercher immédiatement à mettre en place une gouvernance complexe ou une nouvelle infrastructure, Guillaume Martin propose de commencer par choisir une donnée territoriale importante pour son activité. Il s’agit ensuite d’identifier qui la produit, lorsque l’organisation n’en est pas elle-même productrice, mais également qui l’utilise ou pourrait avoir intérêt à l’utiliser en dehors de sa propre structure.
La dernière étape consiste simplement à prendre contact avec ces acteurs et à échanger avec eux.
Finalement la gouvernance fournit le cadre, mais c’est la coopération entre les acteurs qui permet de passer à l’action. Celle-ci peut commencer modestement, par un échange de pratiques ou la recherche d’un référentiel commun, avant d’évoluer vers le partage de données, la mutualisation d’outils, le financement collectif ou la construction de nouveaux cas d’usage.
L’enjeu n’est donc pas nécessairement de commencer par créer une plateforme ou un dispositif complexe, mais de partir d’un besoin territorial concret, d’identifier les données et les acteurs concernés, puis de construire progressivement les conditions de leur coopération.
Martin Blazek a remercieé Guillaume Martin pour son interventiuon et a invité tous les intrevnants à le rejoindre pour terminer le webinaire.
(Télécharger la présentation de Guillaume Martin, Datactivist)
La gouvernance de la donnée : une question d’organisation collective
Pour conclure ce café-atelier, Martin Blazek a remercié l’ensemble des intervenants pour la qualité de leurs présentations et des retours d’expérience partagés.
Il a retenu comme principal enseignement de la matinée que la gouvernance de la donnée est avant tout une question d’organisation collective. Au-delà des outils et des dispositifs techniques, elle repose sur la volonté des acteurs de travailler ensemble et suppose des rôles identifiés, des responsabilités clairement définies et une coordination entre les différentes parties prenantes.
Les interventions ont permis d’apporter à la fois un cadrage global et plusieurs retours d’expérience concrets sur les démarches engagées dans différents territoires. Martin Blazek a rappelé que PIGMA avait volontairement choisi, pour ce café-atelier, de donner la parole à des acteurs situés en dehors de la Nouvelle-Aquitaine. Les collectivités connaissent souvent les initiatives menées sur les territoires voisins grâce aux échanges et aux réseaux de proximité. Il était donc intéressant d’élargir le regard et de faire connaître des démarches développées dans d’autres contextes territoriaux.
Cette mise en perspective répond pleinement à l’un des objectifs des cafés-ateliers PIGMA : porter à connaissance des expériences, partager les méthodes et permettre aux acteurs de la communauté de s’inspirer de démarches conduites ailleurs pour nourrir leurs propres réflexions.
Les prochains rendez-vous PIGMA
Il a donné rendez-vous à la communauté PIGMA dès le vendredi 9 octobre 2026 pour un prochain événement consacré aux données santé-environnement, avec une intervention de l’ARS Nouvelle-Aquitaine et de l’ORSE Nouvelle-Aquitaine (inscription en ligne).
Le prochain café-atelier PIGMA se tiendra quant à lui le vendredi 4 décembre 2026. Il sera consacré aux données foncières et au pilotage de la sobriété foncière par la donnée, avec notamment un volet dédié aux données d’occupation du sol et à leur mobilisation pour décrire et piloter les évolutions du territoire (inscription à venir).
Martin Blazek a clôturé la matinée en invitant les participants à revenir vers l’équipe PIGMA pour toute question complémentaire et en les remerciant une nouvelle fois pour leur participation.