Territoires photo-cartographiés : mieux décider avec les données immersives
Animation, Café-atelier, Données
04/04/2026

Le café-atelier PIGMA du 3 avril 2026, qui affichait plus de 200 inscrits, a exploré le potentiel des données immersives pour l’action publique. À travers des retours d’expérience concrets et des démonstrations opérationnelles, les intervenants ont montré comment la photo-cartographie permet d’enrichir la connaissance des territoires, de fluidifier les analyses et d’accélérer la prise de décision. De l’acquisition à l’intégration dans les outils métiers, ce webinaire a mis en lumière une dynamique en plein essor au service des collectivités. Compte-rendu.
En ouverture de webinaire, Victoire Roux-Barucq, GIP ATGeRi/PIGMA, après avoir accueilli les participants, a rappelé les bonnes pratiques pour optimiser l’expérience de l’évènement.
Martin Blazek, en charge de l’animation de la plateforme PIGMA au sein du GIP ATGeRi, a remercié les participants pour leur présence et leur confiance.
Il a souligné la mobilisation autour de cet événement, avec plus de 200 inscrits dont 130 étaient présents en ligne, marquant une participation toujours aussi forte et témoignant de la force de la communauté PIGMA.
Il a rappelé que ce webinaire était organisé dans le cadre de la plateforme PIGMA, portée par le GIP ATGeRi, spécialiste de la gouvernance de la donnée et acteur central du partage de données et de services numériques en Nouvelle-Aquitaine.
Il a précisé que la mission du GIP ATGeRi et de PIGMA consistait à accompagner les collectivités, les services de l’État et les entreprises dans la gestion, l’échange et la valorisation des données géographiques afin de mieux éclairer leur action.
À travers les événements du réseau, la plateforme vise à mutualiser les usages, à favoriser la montée en compétences et à renforcer l’efficacité collective dans les missions quotidiennes des acteurs territoriaux.
Martin Blazek a introduit la thématique de la session, consacrée aux territoires photo-cartographiés : exploiter les données immersives pour mieux décider.
Il a rappelé que face à la multiplication des enjeux territoriaux, aménagement, sobriété foncière, gestion du patrimoine, sécurité des espaces publics, transition écologique, les collectivités ont besoin d’outils concrets pour voir, comprendre et agir plus rapidement.
Dans ce contexte, les données immersives comme les photos géolocalisées offrent une lecture fine et opérationnelle du territoire. Elles facilitent l’instruction, la coordination entre services et le dialogue avec les élus comme avec les habitants.
Il a précisé que le webinaire visait à répondre à plusieurs questions :
- Comment passer des images aux décisions ?
- Comment structurer l’accès à ces données ?
- Comment les intégrer dans les pratiques métiers des collectivités, quelle que soit leur taille ?
Il a indiqué que les échanges s’appuieraient sur des retours d’expérience en Nouvelle-Aquitaine et au-delà, afin d’explorer des méthodes concrètes et des cas d’usage directement mobilisables pour mettre en œuvre des territoires photo-cartographiés au service de l’action publique.
Martin Blazek a ensuite introduit successivement les intervenants en présentant brièvement leur expertise et l’angle de leur intervention :
- Sophie Clairet et Christian Quest, Panoramax ;
- Nicolas Bernon et Antoine Deburghgraeve, BRGM ;
- Cédric Cochart et Jérôme Boutet, Département de la Côte d’Or ;
- Aurélien Chaumet, Pôle Marennes-Oléron et Olivier Butel, Agglomération Rochefort Océan ;
- Laura Mouchet, Ville de Bayonne ;
- François-Xavier Gamoy, Géomatika
Il les a remerciés d’avoir accepté l’invitation ainsi que l’ensemble de l’équipe PIGMA pour l’organisation.
Il a ensuite invité Sophie Clairet et Christian Quest, Panoramax, à intervenir pour présenter les apports de la photo-cartographie des territoires pour les collectivités dans leurs missions quotidiennes. Il leur a donné la parole pour effectuer le panorama des usages possibles pour l’urbanisme, la gestion des espaces publics et la planification territoriale, avec l’exemple de l’alternative libre Panoramax.
Photo-cartographier un territoire : quels apports pour les collectivités dans leurs missions quotidiennes ? L’alternative libre Panoramax.

Sophie Clairet et Christian Quest, membres de l’équipe projet Panoramax au sein de l’IGN, ont introduit leur intervention en repositionnant le rôle des données immersives dans l’écosystème géospatial.
Ils ont rappelé que les collectivités disposent aujourd’hui d’une connaissance très fine du territoire « vue du ciel », à travers les orthophotographies, les images satellites ou encore les relevés drones. En revanche, la vue au sol, à hauteur d’homme, demeure encore insuffisamment maîtrisée, alors même qu’elle constitue un levier essentiel pour l’action opérationnelle.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit Panoramax : proposer une couverture immersive du territoire, complémentaire des référentiels existants, afin de mieux observer, diagnostiquer et décider.
Une alternative souveraine aux plateformes privées
Les intervenants ont souligné que les solutions dominantes, telles que Google Street View, ont largement démocratisé l’usage des images immersives. Toutefois, elles reposent sur des modèles fermés, centralisés et juridiquement contraints.
Ils ont rappelé que les conditions d’utilisation de ces services limitent fortement les possibilités de réutilisation des images, ce qui constitue un frein majeur pour les acteurs publics. À cela s’ajoute un enjeu de dépendance technologique vis-à-vis d’acteurs privés extra-européens.
Panoramax se positionne comme une réponse à ces enjeux. Lancé en 2022 par OpenStreetMap France et l’IGN, le projet repose sur trois piliers structurants :
- 100 % open source,
- 100 % open data,
- une architecture décentralisée et fédérée.
Ce modèle permet de garantir la souveraineté des données tout en favorisant leur mutualisation.
Une logique collaborative au service des territoires
Les intervenants ont insisté sur la philosophie du projet : une image produite pour un usage spécifique peut générer de la valeur pour de nombreux autres usages.
Une photographie captée initialement pour observer des réseaux électriques, par exemple, permet également d’analyser :
- la signalisation verticale et horizontale,
- l’état de la voirie,
- la présence de mobilier urbain,
- les arrêts de transport,
- ou encore l’occupation de l’espace public.
Cette logique de mutualisation des données permet de limiter les déplacements terrain, d’optimiser les coûts et d’accélérer les diagnostics.
Une dynamique déjà massive et en forte croissance
Les données présentées illustrent la montée en puissance rapide de Panoramax :
- plus de 95 millions de photographies disponibles,
- plus de 860 000 km de voirie couverts,
- plus de 2 000 contributeurs issus des sphères publique, privée et citoyenne.
Le projet s’appuie sur une communauté active, structurée autour de contributions régulières et d’échanges techniques mensuels, favorisant l’émergence continue de nouveaux usages.
Des cas d’usage en expansion permanente
Les usages identifiés se concentrent aujourd’hui majoritairement autour de deux domaines structurants :
- l’urbanisme,
- la gestion de la voirie et des espaces publics.
Cependant, les intervenants ont précisé que de nouveaux cas d’usage émergent en continu, notamment :
- la détection d’espèces invasives et l’observation environnementale,
- la gestion de crise (suivi des inondations, niveaux d’eau),
- l’analyse du patrimoine bâti,
- la vérification des adresses (intégration avec la Base Adresse Nationale et l’outil « Mes Adresses » utilisé par plus de 22 000 communes).
Ils ont également souligné que de nombreuses collectivités utilisent encore des images issues de services privés malgré les restrictions juridiques, ce qui renforce la pertinence d’une alternative publique.
Une architecture décentralisée et fédérée
L’un des apports majeurs de Panoramax réside dans son architecture technique.
Contrairement aux plateformes centralisées, Panoramax permet à chaque acteur de :
- héberger ses propres données,
- déployer sa propre instance,
- tout en restant connecté à un écosystème fédéré via un méta-catalogue commun.
À ce jour, huit instances publiques existent, dont les principales sont portées par l’IGN et OpenStreetMap France. Des collectivités territoriales s’engagent progressivement dans cette dynamique, notamment :
Cette approche garantit à la fois autonomie locale et interopérabilité globale.
De la donnée image à la donnée exploitable : détection et sémantisation
Les intervenants ont mis en avant un levier clé de valorisation : la transformation de l’image en donnée exploitable.
Grâce à des algorithmes de traitement automatisé, il est possible de :
- détecter des objets (panneaux de signalisation, équipements, mobilier),
- qualifier les images,
- enrichir les contenus par des annotations sémantiques.
Cette capacité permet, par exemple, de rechercher l’ensemble des panneaux de signalisation d’un type donné sur un territoire, ouvrant la voie à des usages avancés en matière de gestion et de maintenance.
Des expérimentations sont également en cours pour croiser les images avec :
- des nuages de points lidar,
- des modèles 3D, afin de permettre des mesures et analyses encore plus fines.
Une dynamique d’innovation ouverte
Panoramax s’inscrit dans un écosystème d’innovation associant acteurs publics, recherche et secteur privé.
Les intervenants ont cité plusieurs projets en cours :
- analyse automatisée des bâtiments (pré-diagnostic énergétique),
- détection de cultures et de végétation (CIRAD),
- travaux de recherche portés par le CNRS,
- intégration dans des logiciels métiers.
Ils ont également évoqué la création prochaine d’une structure à but non lucratif destinée à porter et structurer le développement du projet dans la durée.
Modalités de participation pour les collectivités
Enfin, plusieurs niveaux d’engagement ont été présentés :
- contribution en produisant et partageant des images (avec mise à disposition de kits de captation),
- réutilisation des données dans les outils métiers,
- participation au développement technique (open source),
- implication dans la gouvernance du projet,
- déploiement d’une instance locale.
Martin Blazek a remercié Sophie Clairet et Christain Quest et a invité Nicolas Bernon et Antoine Deburghgraeve, BRGM, à présenter CoastSnap un outil de photo-cartographie participatif pour suivre l’évolution du trait de côte.
(Télécharger la présentation de Sophie Clairet et Christian Quest, Panoramax)
Environnement et adaptation : appuyer les politiques locales avec une vision terrain partagée avec CoastSnap

Nicolas Bernon et Antoine Deburghgraeve, du BRGM, ont présenté le dispositif CoastSnap, déployé en Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de l’Observatoire de la côte Nouvelle-Aquitaine. Ils ont d’abord rappelé qu’il s’agit d’un outil de suivi participatif du littoral, développé en 2017 par une équipe de chercheurs australiens, dont l’ambition est de faire des citoyens de véritables acteurs de l’observation côtière.
Ils ont souligné que ce dispositif répond à un double objectif. Le premier consiste à acquérir, à haute fréquence et de façon relativement simple, des données photographiques permettant de caractériser les évolutions du littoral à différentes échelles de temps. Le second vise à créer de l’interaction avec les usagers du littoral afin de les sensibiliser au caractère mobile et dynamique de la bande côtière, et, autant que possible, de renforcer leur culture du risque.
Un dispositif simple dans son principe, puissant dans ses effets
Antoine Deburghgraeve a expliqué le fonctionnement général de CoastSnap. Des bornes d’observation sont installées en bordure de plage. Les citoyens et les passants sont invités à y poser leur téléphone afin de prendre une photographie depuis un point de vue contraint, toujours identique. Une fois l’image capturée, elle peut être partagée par plusieurs canaux : par mail, via un formulaire web ou au moyen d’une application dédiée.
Cette photographie rejoint ensuite une base de données qui va permettre d’analyser l’évolution du site observé. Ils ont précisé que l’intérêt du dispositif réside justement dans cette répétition de prises de vue comparables, qui rend possible un suivi fin des dynamiques littorales. À partir de ces observations, il devient ensuite possible de produire des retours à destination des citoyens, des gestionnaires et plus largement des acteurs du territoire, sur la dynamique du site et les risques côtiers associés.
Un dispositif déjà largement éprouvé dans le monde et en France
Antoine Deburghgraeve a rappelé que CoastSnap connaît aujourd’hui un déploiement important à l’échelle internationale. En 2025, le réseau comptait déjà plus de 600 stations dans 35 pays, avec une forte présence en Europe, en Australie et sur le continent américain. En France, plus de 40 stations étaient déjà recensées.
il a indiqué que le BRGM a souhaité tester ce dispositif en Nouvelle-Aquitaine à partir de 2021, dans le cadre du projet pilote LITTOVIEW, conduit entre 2021 et 2023. L’objectif était double : vérifier l’adaptation du dispositif au contexte régional, différent de celui des plages australiennes, notamment en raison d’amplitudes de marée plus fortes, et développer un ensemble d’outils et de méthodes communs à l’échelle de la région. Ce projet a été porté par le BRGM, l’ONF et le CATIE, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine, du FEDER et des partenaires techniques. Depuis 2023, à l’issue de cette phase pilote, le dispositif a été pleinement intégré à l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine (OCNA).
Une infrastructure régionale pensée pour durer
Antoine Deburghgraeve a ensuite détaillé l’architecture mise en place en Nouvelle-Aquitaine. Celle-ci repose sur plusieurs briques complémentaires :
- des stations physiques installées sur le littoral,
- plusieurs canaux de participation pour faciliter l’envoi des images,
- une plateforme numérique capable de stocker, filtrer et aligner automatiquement les photographies,
- un site web dédié permettant de restituer les données et les analyses au public.
Il a insisté sur le fait que, même avec une prise de vue contrainte, les photographies présentent toujours de légers décalages. La plateforme permet donc de les aligner automatiquement, afin de rendre les comparaisons fiables et exploitables.
Il a également rappelé que les stations déployées en Nouvelle-Aquitaine sont reconnaissables à leur identité visuelle propre : ce sont des bornes jaunes, souvent en bois et inox, qui intègrent à la fois les consignes de participation, les informations pratiques pour l’envoi des images, mais aussi des éléments de médiation expliquant la dynamique du site et les risques côtiers observés localement. Le modèle de station a été pensé pour être à la fois visible, durable et intégré dans son environnement.
Des critères précis pour choisir les sites d’implantation
Antoine Deburghgraeve a précisé que l’on n’installe pas une station CoastSnap n’importe où. Plusieurs critères guident le choix des sites.
Le premier est le caractère dynamique du site : il faut que la zone observée évolue suffisamment pour que les photographies révèlent quelque chose à différentes échelles de temps. Le deuxième critère est la fréquentation : le dispositif repose sur la participation citoyenne, il faut donc que le lieu soit suffisamment fréquenté pour générer des images en nombre. Le troisième critère est l’existence de repères visuels fixes dans le paysage, qui facilitent ensuite l’alignement des images et les comparaisons. Enfin, il est préférable de disposer d’une hauteur de vue suffisante pour obtenir une image bien résolue du secteur suivi.
Il a toutefois nuancé ce dernier point : dans certains cas, il reste possible d’installer une station proche du niveau de la plage, si les autres conditions sont réunies. Tout dépend en réalité des objectifs poursuivis. Si l’on souhaite suivre une dynamique très événementielle, par exemple l’impact d’une tempête, il faut davantage de fréquence et donc un site très passant. Si l’on vise plutôt une lecture saisonnière des évolutions, quelques images par mois peuvent suffire. Cette question de l’emplacement est donc indissociable des usages attendus.
Un réseau néo-aquitain déjà dense et une participation très active
Antoine Deburghgraeve a indiqué qu’en Nouvelle-Aquitaine, le réseau compte désormais 8 stations, réparties sur les littoraux de Charente-Maritime, de Gironde, des Landes et du Pays basque. Il a insisté sur la très bonne dynamique de participation observée à l’échelle régionale.
En moyenne, le dispositif recueille entre une et deux photos par jour et par station, avec des disparités selon les sites. Cette participation a permis de constituer une base déjà très conséquente, de l’ordre de plus de 18 000 photographies partagées à l’échelle régionale. Il a souligné que cette fréquence de contribution est particulièrement précieuse, car elle permet de documenter à la fois les évolutions progressives et les changements rapides liés à des événements météomarins.
Des exploitations simples, visuelles et immédiatement parlantes
Antoine Deburghgraeve a ensuite montré ce qu’il est possible de faire avec ces images. Le premier niveau d’exploitation est très simple : il s’agit de comparer deux photographies prises à des dates différentes pour produire un avant / après.
L’exemple présenté concernait Biscarrosse plage, avec une photo prise le 17 janvier 2026, puis une autre quelques jours après le passage des tempêtes Kirstin et Ingrid, survenues entre le 20 et le 25 janvier. La comparaison met en évidence un recul du trait de côte de l’ordre de 5 à 6 mètres, un abaissement visible de la plage et la formation d’une entaille d’érosion marquée dans le cordon dunaire.
Il a souligné que cette lecture visuelle immédiate est particulièrement utile, car elle parle à la fois aux citoyens et aux gestionnaires. Elle permet de rendre tangibles des phénomènes parfois abstraits ou difficiles à percevoir lorsqu’on les évoque uniquement par des chiffres.
Des timelapses pour montrer la dynamique du littoral dans le temps
Antoine Deburghgraeve a expliqué que les images peuvent aussi être assemblées sous forme de timelapses, c’est-à-dire de séquences animées montrant l’évolution d’un site au fil du temps.
L’exemple cité est celui de la plage du Santocha à Capbreton, entre octobre 2025 et mars 2026. Cette séquence permet de visualiser de manière particulièrement parlante le recul progressif du merlon sableux qui protège le cordon dunaire. Il a insisté sur la force pédagogique de ce type d’outil : l’animation rend visible, en quelques secondes, une évolution qui s’est pourtant construite sur plusieurs mois.
Un suivi qualitatif des évolutions morphologiques
Au-delà de la simple comparaison visuelle, les photographies peuvent faire l’objet d’analyses plus fines. Antoine Deburghgraeve a présenté un exemple de suivi qualitatif de l’évolution d’une interface entre deux surfaces, en l’occurrence entre la roche et le sable, sur la plage centrale de Lacanau-Océan.
L’objectif était ici de suivre l’évolution du niveau de sable au pied d’un épi rocheux. En observant cette interface dans le temps, il devient possible de mettre en évidence les phases d’accrétion, lorsque la plage gagne du sable, et les phases d’érosion, lorsqu’elle en perd. Il a a indiqué que ces variations présentent une corrélation claire avec les épisodes tempétueux. Autrement dit, l’image ne se contente pas de montrer un état : elle permet de documenter des cycles et des rythmes d’évolution.
Aller plus loin : mesurer les évolutions observées
Antoine Deburghgraeve a ensuite insisté sur un point essentiel : CoastSnap ne permet pas seulement d’observer qualitativement les transformations du littoral ; il permet aussi de les quantifier.
Pour cela, les photographies sont ortho-rectifiées. Il a expliqué qu’il s’agit de transformer une image oblique en une image projetée dans un repère réel, afin qu’elle puisse être superposée à un fond cartographique et utilisée pour calculer des distances. Cette opération suppose de disposer de mesures préalables : position de points de contrôle relevés sur le terrain, angles de visée, hauteur du plan de rectification, entre autres.
À partir de là, il devient possible de mesurer précisément certaines évolutions géomorphologiques. L’exemple présenté portait de nouveau sur le merlon sableux du Santocha. Grâce aux images partagées par les citoyens puis rectifiées, les équipes ont pu estimer qu’au cours de l’hiver 2025-2026, le merlon avait reculé d’environ 10 mètres. Il a précisé que ce recul a été croisé avec l’énergie de la houle reçue pendant la période, et qu’une corrélation nette apparaît entre les phases de recul observées et les épisodes de forte agitation marine. À l’inverse, les périodes plus calmes, comme début janvier, ne montrent pas de recul significatif.
Il a par ailleurs rappelé que la précision de ce type d’analyse dépend de plusieurs facteurs : élévation du poste, présence de points fixes, position des objets suivis dans l’image. Sur le site de Lafitenia, les tests conduits montrent une précision de l’ordre de 1,7 mètre en erreur quadratique moyenne, ce qui confirme l’intérêt scientifique du dispositif pour le suivi côtier.
Sensibiliser, restituer, faire participer
Antoine Deburghgraeve a rappelé que l’un des grands intérêts de CoastSnap est de relier production de données et sensibilisation. Les photographies partagées ne sont pas collectées pour rester invisibles ; elles font l’objet de retours réguliers vers les habitants et les acteurs du territoire.
Cette valorisation passe par plusieurs canaux :
- des réunions publiques, au cours desquelles les images et leur traitement sont expliqués ;
- le site web dédié, qui permet de comparer les photos dans le temps grâce à un curseur de superposition ;
- des échanges avec les acteurs locaux ;
- et une diffusion via les réseaux sociaux.
Il a également indiqué qu’un travail est en cours pour structurer des groupes de participants locaux, capables de s’impliquer plus durablement dans l’animation du dispositif et d’alimenter la participation.
Un accompagnement opérationnel proposé aux collectivités
Enfin, Antoine Deburghgraeve a détaillé la manière dont l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine accompagne les collectivités souhaitant installer une station. Cet accompagnement couvre l’ensemble du processus :
- définition des objectifs du site ;
- visites de terrain et choix de l’emplacement ;
- conception de la station et de sa signalétique ;
- création des QR codes ;
- choix du support d’installation ;
- présence de l’OCNA au moment de la pose ;
- raccordement à l’architecture de stockage ;
- création de la page web dédiée ;
- puis collecte, stockage, diffusion et, si besoin, traitement scientifique des images.
Il a précisé que le seul coût supporté directement par la collectivité est celui de la fabrication du totem ; le reste de l’accompagnement est assuré par l’Observatoire.
Une donnée complémentaire, utile aux territoires
En conclusion, Antoine Deburghgraeve a présenté CoastSnap comme une donnée complémentaire aux autres outils de cartographie et de suivi du littoral mobilisés par l’OCNA : levés DGPS, photographies obliques, LiDAR, orthophotographies ou encore pieux gradués installés sur les plages.
Il a souligné que la force du dispositif réside dans cette combinaison entre science participative, vision terrain partagée, production de données à haute fréquence et médiation sur les risques côtiers. En associant directement les citoyens à l’observation du littoral, CoastSnap constitue à la fois un outil de suivi, de pédagogie et d’aide à la décision pour les collectivités confrontées aux enjeux d’érosion et d’adaptation du trait de côte.
Martin Blazek a remercié Nicolas Bernon et Antoine Deburghgraeve et a invité Cédric Cochart et Jérôme Boutet du Département de la Côte d’Or à intervenir.
(Télécharger la présentation de Nicolas Bernon et Antoine Deburghgraeve, BRGM)
Gestion du patrimoine routier départemental en 360° : retour d’expérience de la Côte-d’Or, de Panoramax comme infrastructure de diffusion aux perspectives de détection automatique par IA

Jérôme Boutet et Cédric Cochart, du Département de la Côte d’Or, ont présenté un retour d’expérience structurant sur la mise en place d’un dispositif de photo-cartographie à l’échelle départementale, au service de la gestion du patrimoine routier et de sa modernisation.
Une ambition politique : construire une alternative souveraine
Jérôme Boutet a rappelé que cette démarche trouve son origine dans une volonté politique claire : celle de disposer d’une alternative crédible à Google Street View, adaptée aux enjeux d’un service public départemental.
Il a expliqué que le projet, initialement conceptualisé sous l’appellation « Côte-d’Or Street », repose sur un objectif simple mais structurant : collecter, maîtriser et diffuser des photographies géoréférencées prises depuis les voies publiques, dans une logique de souveraineté et de réappropriation de la donnée.
Il a précisé que cette initiative, encore peu répandue à l’échelle départementale, s’inscrit dans une approche résolument innovante et pionnière.
Le projet s’est structuré en plusieurs phases successives :
- une phase de cadrage et d’expression des besoins entre avril et novembre 2024,
- une phase d’acquisition des données au printemps et à l’été 2025,
- une phase d’intégration dans l’écosystème Panoramax à l’automne 2025,
- puis une phase d’expérimentation autour de l’intelligence artificielle engagée en 2026.
Des besoins métiers fortement ancrés dans l’opérationnel
Cédric Cochart a ensuite détaillé les besoins très concrets des services routiers, en lien avec le système d’information routier (SIR).
Il a souligné que les équipes avaient besoin de disposer :
- d’informations actualisées sur l’ensemble du réseau,
- d’une vision exhaustive des équipements routiers,
- d’une géolocalisation fine, permettant notamment de distinguer précisément les objets selon leur position par rapport à la voie ou aux carrefours.
Il a insisté sur le fait que cette démarche s’inscrit dans un objectif plus global de modernisation du SIR et de numérisation du patrimoine routier, avec un enjeu central : améliorer l’efficience des équipes.
Dans cette perspective, il a rappelé que la réduction des déplacements constitue un levier majeur de performance. Le recours à l’image permet d’éviter de nombreux déplacements terrain, tout en conservant un haut niveau de précision dans l’analyse.
Une stratégie de captation à haute valeur ajoutée
Les intervenants ont mis en avant des choix techniques assumés, directement liés aux usages métiers.
Jérôme Boutet a détaillé les caractéristiques de la campagne d’acquisition, en soulignant son niveau d’exigence :
- une capture à 360°,
- des images en très haute résolution (75 mégapixels),
- un pas de prise de vue de 5 mètres, permettant une continuité quasi exhaustive du linéaire,
- une géolocalisation centimétrique (RTK) garantissant une précision fine des objets observés.
Il a précisé que cette méthodologie permet de répondre directement aux contraintes des métiers de la voirie, notamment dans les zones complexes comme les intersections.
Cette campagne représente un volume particulièrement significatif :
- 2 millions d’images capturées,
- 8 489 km de routes et véloroutes couverts,
- 16 téraoctets de données,
- pour environ 38 jours de relevés terrain.
Ces chiffres traduisent un changement d’échelle dans la manière d’appréhender le patrimoine routier : il ne s’agit plus d’échantillonner, mais bien de couvrir de manière exhaustive un réseau départemental.
Panoramax : un choix structurant pour la diffusion et la souveraineté
Jérôme Boutet a expliqué que le choix de Panoramax s’est imposé comme une évidence au regard des objectifs du projet.
Il a insisté sur plusieurs dimensions clés :
- la souveraineté des données, avec un contrôle total par la collectivité,
- un hébergement en France, garantissant la maîtrise des flux,
- le respect du cadre réglementaire, notamment grâce au floutage automatisé des visages et des plaques d’immatriculation,
- et une capacité de partage étendue, à la fois en interne, entre partenaires, et vers le grand public.
Il a souligné que cette capacité de diffusion constitue un levier stratégique, en facilitant la circulation de l’information entre acteurs publics.
Une intégration progressive dans l’écosystème métier
Les intervenants ont précisé que l’intégration de ces données dans les outils existants constitue un chantier en cours.
Cédric Cochart a indiqué que la visionneuse Panoramax est en cours d’intégration dans le système d’information routier, tandis que son intégration dans le SIG est déjà opérationnelle.
En parallèle, une carte interactive accessible à tous a été mise en place, permettant une première appropriation des données par différents publics.
Cette logique d’intégration progressive permet d’inscrire l’innovation dans les pratiques existantes, sans rupture brutale pour les utilisateurs.
L’intelligence artificielle comme prolongement des usages
Jérôme Boutet a ensuite présenté la phase expérimentale engagée autour de la détection automatique d’objets.
Il a précisé que cette démarche repose sur une logique pragmatique : partir des besoins métiers et tester des cas d’usage concrets.
L’expérimentation porte sur :
- un échantillon de 9 000 images,
- sur une zone géographique ciblée,
- en s’appuyant sur des outils issus de l’écosystème Panoramax et de logiciels libres.
Deux premiers cas d’usage ont été définis :
- la détection des panneaux de police,
- la détection des panneaux directionnels.
Il a précisé que ces travaux intègrent également une dimension de reconnaissance de texte (OCR), permettant d’extraire automatiquement les informations contenues sur les panneaux.
L’objectif est clair : alimenter directement le système d’information routier avec des données structurées issues de l’image.
Il a également insisté sur la dimension collective du projet, porté par une équipe pluridisciplinaire associant profils métiers, data, géomatique et intelligence artificielle.
Des perspectives d’extension déjà identifiées
Les intervenants ont souligné que cette expérimentation ouvre de nombreuses perspectives.
Ils ont notamment évoqué :
- la détection d’autres types d’objets (signalisation touristique, glissières, mâts),
- la valorisation de données encore peu exploitées,
- et les problématiques techniques à résoudre, notamment le dédoublonnage des objets et l’amélioration de leur positionnement précis.
Ils ont également indiqué que la question du renouvellement des campagnes d’acquisition est déjà posée, afin de garantir la mise à jour régulière des données dans le temps.
Une dynamique collective au service du service public
Enfin, Jérôme Boutet a mis en avant l’importance des échanges avec la communauté Panoramax.
Il a expliqué que ces collaborations permettent :
- de bénéficier de retours d’expérience concrets,
- de s’appuyer sur des développements existants,
- et d’accélérer significativement les projets, en limitant les phases de test et d’erreur.
Il a conclu en soulignant que cette dynamique contribue à une meilleure optimisation des moyens publics, en mutualisant les efforts et en renforçant la fiabilité des solutions déployées.
Martin Blazek a remercié Cédric Cochart et Jérôme Boutet et a invité Aurélien Chaumet, Pôle Marennes-Oléron et Olivier Butel, Agglomération Rochefort Océan à présenter leur retour d’expérience.
(Télécharger la présentation de Cédric Cochart et Jérôme Boutet, Département de la Côte d’Or)
De l’image à la décision : méthodologie pour intégrer les données immersives dans les pratiques des services. Interopérabilité, organisation interne, mise en œuvre réaliste

Aurélien Chaumet et Olivier Butel ont présenté une intervention à deux voix, construite autour de leurs retours d’expérience respectifs au sein du Pôle Marennes Oléron et de la Communauté d’Agglomération Rochefort Océan. Tous deux ont expliqué avoir déployé, chacun dans leur structure, des projets autour des images immersives en s’appuyant sur la dynamique Panoramax, tout en entretenant des échanges réguliers pour confronter leurs méthodes, leurs outils et leurs usages.
Deux structures, deux organisations, une même dynamique d’appropriation
Aurélien Chaumet a d’abord présenté le Pôle Marennes Oléron, qu’il a décrit comme un outil de mutualisation au service de deux communautés de communes, l’Île d’Oléron et le Bassin de Marennes, ainsi que de 14 communes et de partenaires extérieurs. Il a précisé que la structure compte plus de 300 utilisateurs du SIG, avec 2,7 équivalents temps plein dédiés au système d’information territoriale. Il a insisté sur un point structurant : le service travaille avec l’ensemble des métiers, de l’urbanisme au foncier, en passant par les espaces naturels et le développement économique, ce qui explique la diversité des cas d’usage observés. Il a également indiqué que trois utilisateurs sont aujourd’hui formés à la prise de vue, pour un total de 514 km couverts et 28 000 clichés produits.
Il a ensuite souligné un choix organisationnel fort : au Pôle Marennes Oléron, il n’était pas question que le service SIT assume seul le travail de terrain. La logique retenue a consisté à mettre l’outil directement dans les mains d’utilisateurs métier. Le service a donc investi dans le matériel, organisé la mise à disposition, puis laissé les agents compétents sur leurs thématiques produire les captations eux-mêmes.
Olivier Butel a ensuite pris le relais pour présenter la Communauté d’Agglomération Rochefort Océan, qui regroupe 25 communes, pour une population de 64 956 habitants, dont 23 188 pour la seule ville de Rochefort, sur un territoire de 421 km². Il a précisé que l’organisation interne repose sur un ETP rattaché à la direction commune des systèmes d’information et du numérique et un ETP dédié rattaché à la direction générale des services techniques, auxquels s’ajoutent plusieurs utilisateurs avancés travaillant sur les suites ESRI ou QGIS. Il a rappelé qu’il disposait d’une première expérience sur Mapillary, antérieure d’environ sept ou huit ans, avant de se tourner vers Panoramax, principalement pour des raisons de souveraineté et de maîtrise des données, en particulier après le rachat de Mapillary par Meta. À ce jour, l’agglomération a produit 23 433 clichés pour 311 km couverts.
Des choix matériels simples, évolutifs et réalistes
Les deux intervenants ont ensuite détaillé les moyens matériels retenus. Ils ont expliqué avoir choisi une approche volontairement légère, fondée sur un matériel peu coûteux et facile à déployer. Le socle commun repose sur une GoPro 360 Max, associée à une perche et à différents systèmes de fixation selon les usages : fixation voiture, fixation vélo, puis, plus récemment, portage piéton grâce à un système de sac à dos.
Olivier Butel a précisé que cette solution présente un avantage décisif : son faible niveau d’investissement à l’entrée permet de tester rapidement des cas d’usage sans attendre un arbitrage technique ou budgétaire trop lourd. Il a également expliqué que le portage piéton a été conçu de manière très pragmatique, avec un système simple de stabilisation intégré à un sac à dos, permettant de réutiliser la même perche que pour d’autres usages.
Les deux intervenants ont souligné que leurs échanges réguliers ont permis d’ajuster progressivement les dispositifs. Olivier Butel a ainsi expliqué qu’il avait, à plusieurs reprises, expérimenté des fixations à bas coût, parfois peu fiables, qui se sont révélées plus chronophages qu’économiques : mauvaise tenue, images inclinées, difficulté d’usage pour les agents. À l’inverse, certains accessoires très simples, comme la petite télécommande Bluetooth évoquée par Aurélien Chaumet, ont permis d’améliorer nettement la prise en main par les utilisateurs.
Une organisation interne pensée pour les métiers
Aurélien Chaumet a ensuite détaillé l’organisation mise en place au Pôle Marennes Oléron. Les agents métiers prennent eux-mêmes les vues sur le terrain, tandis que le service SIT conserve la main sur les étapes de traitement, de versement dans Panoramax et de mise à jour du webSIG. Il a cité plusieurs profils utilisateurs déjà autonomes sur la captation : une chargée de mission urbanisme, un chargé de mission agriculture, un agent en charge des pistes cyclables et des espaces naturels.
Il a insisté sur le fait que cette répartition permet de démultiplier les usages tout en maintenant un niveau minimal de contrôle technique. L’idée n’est donc pas seulement de produire des images, mais d’organiser une chaîne réaliste dans laquelle les métiers alimentent la donnée et le service géomatique en garantit l’intégration et la diffusion.
Des traitements encore artisanaux, mais déjà efficaces
Les intervenants ont reconnu que les traitements restent, à ce stade, partiellement artisanaux. Olivier Butel a expliqué qu’il retravaille les images dans Lightroom, en particulier pour intégrer un logo nadir et améliorer la colorimétrie ou le contraste, notamment dans des conditions lumineuses difficiles. Il a rappelé que la GoPro fonctionne en JPEG, ce qui limite les capacités de rattrapage par rapport à un flux RAW, surtout sur leurs territoires où les contrastes entre ombre et forte luminosité sont fréquents.
Aurélien Chaumet a indiqué, de son côté, qu’il s’appuie aussi sur des scripts récupérés via le forum Panoramax, notamment pour intégrer un logo nadir et automatiser certaines opérations. Tous deux ont souligné qu’ils utilisent encore des solutions de transition, dans l’attente de briques logicielles plus stabilisées. À ce stade, ils ont notamment recours à des scripts pour intégrer les séquences et les ponctuels dans leurs bases de données, sans stocker les images elles-mêmes localement, celles-ci étant appelées directement depuis Panoramax. Ils ont ajouté que cette situation devrait évoluer rapidement, les éditeurs ayant bien compris l’intérêt croissant du sujet et travaillant à des solutions plus intégrées, aussi bien côté webSIG que dans les clients lourds comme ArcGIS ou QGIS.
Combler les zones blanches et améliorer la fraîcheur de l’image territoriale
Aurélien Chaumet et Olivier Butel ont ensuite présenté leurs premiers grands cas d’usage. Le premier, très concret, consiste à combler les zones blanches laissées par Google Street View et à disposer d’images plus fraîches sur leurs territoires. Ils ont rappelé que certaines parties de leurs territoires, notamment les plus périphériques, les plus rurales ou les plus spécifiques, ne sont pas ou peu couvertes par les services privés.
Olivier Butel a cité le cas emblématique de l’Île d’Aix, territoire insulaire uniquement accessible par bateau, où Google Street View n’est jamais passé et ne passera vraisemblablement pas. Panoramax permet donc ici de documenter des portions entières du territoire absentes des grands référentiels privés. Aurélien Chaumet a ajouté que le même constat vaut pour de nombreuses petites rues patrimoniales ou rurales sur Oléron et le bassin de Marennes, où la couverture reste lacunaire et la fraîcheur très insuffisante.
Pistes cyclables, signalétique et équipements spécifiques
Les deux intervenants ont ensuite insisté sur le cas d’usage des pistes cyclables, qui constitue pour eux un besoin fortement identifié. Ils ont rappelé que les prises de vue immersives permettent non seulement de visualiser les linéaires, mais aussi de suivre l’état et la présence de la signalisation afférente, parfois très spécifique à leurs territoires. Aurélien Chaumet a notamment mentionné les totems cyclables en bois implantés sur Oléron, avec une signalétique directionnelle particulière.
Il a précisé que la captation autonome de ces linéaires permet à la collectivité de conserver la main sur la qualité de la donnée, sur sa fréquence d’actualisation et sur ses usages, sans dépendre d’un prestataire extérieur ou d’un service privé.
Visualiser les accès plage et suivre l’évolution des aménagements littoraux
Aurélien Chaumet a ensuite évoqué un autre usage directement lié au contexte littoral : la visualisation des accès plage. Dans le cadre du plan Oléron Qualité Littorale, ces prises de vue permettent de documenter les accès, les ouvrages légers, les dispositifs de canalisation et les aménagements tels que les ganivelles. L’intérêt n’est pas seulement de voir l’existant, mais aussi de constituer une mémoire visuelle dans le temps, utile pour suivre l’évolution du site, des circulations ou de la dynamique dunaire.
Visites virtuelles et documentation d’ouvrages
Olivier Butel a expliqué que l’outil est également mobilisé pour produire de véritables visites virtuelles de patrimoines ou d’ouvrages, en particulier dans des secteurs qui ne sont pas accessibles depuis le réseau routier classique. Cette capacité permet à la fois de documenter des éléments du territoire peu visibles et d’en faciliter la consultation à distance, sans déplacement.
Historiser des situations avant, pendant et après travaux
Les deux intervenants ont particulièrement insisté sur un usage à forte valeur probatoire : l’historisation avant / après travaux, notamment dans des contextes de recours ou de contentieux. Aurélien Chaumet a illustré ce point avec un cas concret de création de voie cyclable : le service foncier a demandé des images avant l’intervention, pendant certaines étapes comme le bornage, puis après réalisation. Cette mémoire visuelle permet, en cas de recours, de disposer d’éléments objectifs pour documenter l’état initial du site, les transformations engagées et leur résultat final.
Urbanisme : se projeter depuis le bureau
Pour les usages en matière d’urbanisme. Aurélien Chaumet a précisé que, dans son cas, il s’agit avant tout de l’administration du droit des sols et de l’instruction des dossiers d’urbanisme. Les instructeurs, confrontés à des projets d’extension, d’implantation en limite ou de modification de façade, ont besoin de pouvoir se représenter rapidement le contexte bâti sans se déplacer.
Il a expliqué que les agents avaient historiquement pris l’habitude d’utiliser Street View en complément des orthophotos pour se projeter dans l’espace. Désormais, ils consultent également, et parfois préférentiellement, Panoramax, en particulier dans les secteurs ruraux ou patrimoniaux moins bien couverts par Google. Olivier Butel a confirmé que les équipes urbanisme sont particulièrement friandes de ces vues immersives, car elles leur permettent de rattacher les dossiers au territoire réel, de visualiser le contexte local et, progressivement, d’accéder à une forme d’historique des transformations.
Vers des usages plus avancés : ZAE, drone, vues non publiques
Les intervenants ont également évoqué des usages plus avancés ou encore en construction. Olivier Butel a mentionné la possibilité d’utiliser Panoramax comme support de visualisation pour des panoramas 360 par drone, avec la possibilité de naviguer entre plusieurs altitudes et, potentiellement, entre plusieurs millésimes. Le support confirme cette perspective et l’associe à l’évolution des zones d’activités économiques (ZAE) ainsi qu’à la possibilité de visionner des vues immersives non publiques.
Aurélien Chaumet a expliqué que cette capacité à gérer des contenus non publics est déjà utilisée, même de façon limitée, pour certaines séquences sensibles, par exemple dans des contextes d’acquisition ou d’aménagements non encore communicables.
Des outils encore en évolution, des besoins qui montent
En conclusion, les deux intervenants ont insisté sur le fait que les usages ne cessent de croître dans leurs structures respectives. Cette montée en puissance s’accompagne logiquement de nouvelles attentes en matière d’intégration, d’ergonomie et de gestion temporelle.
Aurélien Chaumet a notamment souligné que l’une des questions désormais centrales porte sur l’historisation des tronçons. À mesure que les données s’accumulent, il devient essentiel de pouvoir visualiser simplement plusieurs millésimes d’un même linéaire. Olivier Butel a, pour sa part, insisté sur la nécessité de progresser encore sur certains sujets comme l’intégration native des logos nadir, la localisation des panneaux ou la gestion plus fine des vues relevant de parties privées. Ces différents points figurent d’ailleurs explicitement dans les perspectives d’évolution formulées dans leur présentation.
Tous deux ont conclu sur une note très claire : les solutions souveraines progressent vite, dans le bon sens, et leur actualité leur donne raison. Pour eux, le passage de solutions américaines à un écosystème français et ouvert ne relève plus seulement d’un choix de principe, mais d’un choix pleinement opérationnel, déjà productif, et de plus en plus structurant pour les pratiques des services.
Martin Blazek a remercié Aurélien Chaumet et Olivier Butel et invité Laura Mouchet de la Ville de Bayonne à présenter son retour d’expérience de l’usage des données 360 pour son territoire.
De nouveaux usages au fil des besoins : la donnée immersive déployée à Bayonne au service des métiers. Infinité d’utilisations au quotidien

Laura Mouchet, géomaticienne à la Ville de Bayonne, a présenté un retour d’expérience particulièrement abouti sur l’usage de Panoramax au sein d’une collectivité de taille moyenne. Elle a rappelé que Bayonne s’est engagée très tôt dans le projet, dès sa naissance, en choisissant d’embarquer immédiatement dans la dynamique Panoramax. Son intervention a mis en lumière une réalité très concrète : lorsqu’une collectivité s’approprie la donnée immersive comme un véritable outil de travail, les usages ne se limitent pas à quelques services pilotes ; ils essaiment très vite dans l’ensemble de l’organisation.
Un projet lancé dès l’origine, dans une logique de coopération et d’ouverture
Laura Mouchet a d’abord replacé le projet dans son contexte. Bayonne est une ville d’environ 54 000 habitants, qui compte près de 1 000 agents, dont seulement deux personnes au sein du pôle géomatique, topographie et valorisation de la donnée, équipe qui a porté le projet dès ses débuts. Elle a souligné ce point pour montrer que ce déploiement n’a pas reposé sur des moyens humains exceptionnels, mais sur une structuration claire et une intégration intelligente dans les outils existants.
Dès le départ, la Ville a souhaité articuler le projet autour de trois composantes fortes. D’abord, une dimension collaborative en interne, en cohérence avec la philosophie même de Panoramax. Ensuite, un lien fort avec les outils déjà en place, afin que la donnée immersive ne reste pas un projet à part, mais entre réellement dans les pratiques quotidiennes des services. Enfin, une inscription explicite dans la démarche d’open data engagée depuis plusieurs années par la collectivité. Cette dernière composante a été présentée comme essentielle : Panoramax a immédiatement été perçu comme un projet nativement conçu pour le partage, ce qui permet d’éviter bien des blocages techniques ou juridiques rencontrés avec d’autres solutions.
Une seule photo, une multitude de lectures métiers
Pour expliquer l’intérêt du dispositif, Laura Mouchet est partie d’une scène urbaine très simple : une rue de Bayonne. Elle a montré qu’une seule image immersive, prise à un instant donné, concentre en réalité une quantité très importante d’informations exploitables par des métiers différents.
Elle a rappelé qu’une photo peut faire apparaître, en même temps, du mobilier urbain, des arbres, du marquage au sol, des panneaux de rue, des éléments d’accessibilité, des commerces, des enseignes, de nouvelles constructions ou encore des aménagements de voirie. Autrement dit, une image produite pour un besoin donné devient instantanément une ressource potentielle pour de nombreux autres usages.
Elle a insisté sur ce point : dans une mairie, les compétences sont partout sur le terrain, et donc les usages de la photo immersive sont, par nature, transversaux. Ce n’est pas seulement une donnée géographique ; c’est une donnée métier, conversationnelle, visuelle, immédiatement compréhensible, y compris par des agents peu familiers du SIG.
Des usages déjà nombreux… et en expansion permanente
Laura Mouchet a ensuite dressé un panorama des usages déjà identifiés à Bayonne. Elle a précisé qu’il ne s’agissait là que des usages dont elle avait connaissance à l’instant de sa présentation, tant les réemplois se multiplient au fil du temps. Parmi les usages déjà stabilisés, elle a cité :
- le RIL (Répertoire d’Immeubles Localisés) et le recensement de la population,
- la gestion des adresses,
- le contrôle de prestations,
- la gestion des réseaux,
- la gestion des arbres et des espaces verts,
- le mobilier urbain,
- l’observatoire des commerces,
- la taxe sur la publicité.
Elle a tenu à illustrer concrètement certains de ces cas. Sur la partie adresse et recensement, les vues immersives permettent par exemple d’identifier l’achèvement de nouvelles constructions ou de nouveaux logements devenus habitables. Cela joue directement sur la qualité du recensement, donc sur les ressources perçues par la collectivité. Elle a rappelé très simplement que, dans ce cas précis, la donnée immersive peut aussi se traduire en recettes pour la ville.
Elle a également évoqué l’observatoire des commerces, qui mobilise ces vues pour suivre l’évolution du commerce de centre-ville, l’occupation des locaux et les situations de vacance. De la même manière, la taxe locale sur la publicité extérieure peut s’appuyer sur les images pour repérer ou vérifier certaines situations visibles depuis l’espace public.
Mais, a-t-elle précisé, cette première liste ne suffit déjà plus à décrire la réalité des usages. D’autres besoins se sont rapidement greffés au dispositif :
- les échanges avec les administrés,
- les conseils de quartier,
- les sujets juridiques et d’assurances,
- le repérage événementiel,
- la fiscalité,
- l’accessibilité,
- les suivis avant / après,
- ou encore la végétalisation des cours d’école.
Elle a souligné qu’à Bayonne, le phénomène est désormais très concret : au fil des semaines, de nouveaux collègues viennent signaler un usage auquel le pôle géomatique n’avait pas pensé au départ. Selon elle, c’est précisément ce qui caractérise la réussite du projet : la donnée immersive cesse d’être un objet technique pour devenir une ressource spontanément mobilisable.
Un outil de dialogue autant qu’un outil de gestion
Laura Mouchet a particulièrement insisté sur la valeur d’usage de ces photos dans les échanges avec les habitants. Dans les conseils de quartier, par exemple, les discussions portent fréquemment sur des aménagements, des dysfonctionnements, des demandes d’évolution de l’espace public. Les photos immersives deviennent alors un support de dialogue, qui permet de partager une même vision du terrain entre services et administrés.
Elle a également évoqué les usages dans les domaines juridique et assurantiel, où les vues jouent un rôle de constat ou de mémoire visuelle. Il ne s’agit pas toujours de produire une preuve en amont, mais parfois simplement de redécouvrir, au moment où un besoin surgit, qu’une séquence existait déjà et permet de retrouver l’état d’un site à un moment précis.
L’open data comme accélérateur d’écosystème
L’une des dimensions les plus fortes de cette intervention réside dans la manière dont Laura Mouchet a décrit l’effet d’écosystème produit par l’open data. Elle a expliqué que les usages ne s’arrêtent pas aux services internes de la mairie. Le fait que les images soient ouvertes permet à d’autres acteurs de s’en emparer, mais aussi à Bayonne de bénéficier des captations réalisées par d’autres.
Elle a cité plusieurs sphères d’usage ou de réutilisation rendues possibles par cette logique ouverte :
- les échanges avec les collectivités voisines,
- la contribution à OpenStreetMap,
- la recherche scientifique,
- les services de secours,
- le tourisme,
- le street art,
- les entreprises,
- ou encore d’autres usages encore inconnus à ce jour.
Elle a insisté sur le fait que cette réciprocité constitue une composante essentielle du projet. La Ville de Bayonne ne s’arrête évidemment pas à sa frontière administrative lorsqu’elle capte des images ; de la même manière, elle bénéficie aussi des prises de vue produites par ses voisins lorsqu’elles touchent ou prolongent son territoire. Elle a expliqué que cette logique a favorisé le développement de liens concrets avec les collectivités voisines et même avec des territoires plus larges, notamment du côté des Landes.
Ce rayonnement est, selon elle, l’un des apports les plus puissants du projet : la donnée immersive ne vaut pas seulement pour ce qu’elle documente, mais aussi pour les coopérations qu’elle rend possibles.
Un mode opératoire simple, rapide et très efficace
Laura Mouchet a ensuite détaillé l’organisation concrète mise en place à Bayonne. La collecte est assurée par les services eux-mêmes, ce qui permet de diffuser largement la pratique. Les photos sont ensuite récupérées par le pôle géomatique, qui assure leur traitement :
- sélection des vues,
- améliorations éventuelles,
- ajout du logo,
- puis envoi vers Panoramax.
Une fois téléversées, les images passent par le floutage automatisé des plaques d’immatriculation et des visages sur le site Panoramax, afin de garantir la conformité RGPD. Elles deviennent ensuite disponibles pour tous : services, partenaires institutionnels, citoyens.
Laura Mouchet a insisté sur la rapidité du processus (la collecte par les services, le traitement par le pôle Géo, le floutage sur Panoramax, puis la mise à disposition ouverte). Entre la prise de vue et la disponibilité finale, il peut ne s’écouler que quelques heures. C’est, selon elle, un facteur déterminant de l’adhésion des services, habitués jusque-là à travailler avec des images anciennes et sur lesquelles ils n’avaient aucune maîtrise.
Une intégration directe au SIG web pour favoriser l’appropriation
Autre élément décisif du déploiement bayonnais : l’intégration directe de Panoramax dans le SIG web de la collectivité, Isigéo, développé avec Géomatika. Laura Mouchet a rappelé que la volonté de la Ville était de faire de Panoramax un outil immédiatement appropriable par tous les agents, et non une application spécialisée réservée à quelques experts.
À Bayonne, le SIG web est accessible à tous les agents de la ville. Le module Panoramax intégré à ce SIG l’est donc également, aussi bien pour la consultation que pour la mise à jour de certaines données.
Laura Mouchet a pris l’exemple des espaces verts et des arbres : lorsqu’un nouvel aménagement est réalisé, avec des plantations ou des transformations profondes du site, l’image immersive devient immédiatement très précieuse pour inventorier, suivre et documenter ce qui a été mis en place. Elle a souligné qu’au-delà de l’état initial, ce sont aussi les évolutions futures, croissance, état sanitaire, transformations de l’environnement, qui pourront être suivies grâce aux passages ultérieurs.
Un projet utile immédiatement, et structurant à long terme
En conclusion, Laura Mouchet a formulé un constat très net : à Bayonne, Panoramax a été utile dès la première photo. Elle a expliqué qu’il n’a pas fallu attendre la fin d’un projet complexe ou l’achèvement d’un chantier d’intégration pour constater sa valeur ; le bénéfice a été immédiat.
Elle a également insisté sur plusieurs bénéfices structurants :
- un projet cohérent avec une logique de numérique responsable,
- un gain en souveraineté et en indépendance vis-à-vis des grands acteurs privés,
- une économie de moyens,
- des gains de temps et d’argent,
- et une forme « d’open data tout terrain ».
Elle a enfin souligné qu’à Bayonne, Panoramax est désormais devenu une évidence. À ses yeux, il est aujourd’hui au même niveau de naturalité qu’une orthophotographie dans le système d’information. À une différence près, a-t-elle rappelé : là où la photo aérienne peut rester difficile à interpréter pour certains agents, la photo immersive parle immédiatement à tout le monde.
Pour conclure sur une image très concrète, elle a évoqué la carte de couverture Panoramax de Bayonne : un territoire presque entièrement photographié, souvent plusieurs fois, avec une répartition visible par contributeur. Pour elle, cette carte illustre parfaitement ce que le projet est devenu : non pas un démonstrateur, mais un socle partagé de connaissance du territoire, vivant, collectif et en expansion permanente.
Martin Blazek a remercié Laura Mouchet et a invité François-Xavier Gamoy de Géomatika à présenter comment son outil Isigéo s’est adapté aux données immersives en s’appuyant sur l’exemple de la Ville de Bayonne.
(Télécharger la présentation de Laura Mouchet, Ville de Bayonne)
Du territoire photo-cartographié à la décision. Quand les données immersives deviennent un outil de pilotage stratégique

François-Xavier Gamoy, de Géomatika, est intervenu pour apporter le point de vue d’un éditeur de solution SIG web sur l’intégration des images immersives dans les outils métiers des collectivités. Il a inscrit sa prise de parole dans le prolongement direct des interventions précédentes, en particulier celle de la Ville de Bayonne, en rappelant que la vraie question, au-delà de l’acquisition de la donnée, est bien celle de sa redistribution auprès des utilisateurs et de sa transformation en véritable ressource opérationnelle.
Un éditeur SIG au service de la diffusion de la donnée géographique
François-Xavier Gamoy a d’abord présenté Géomatika comme l’éditeur d’une solution nommée Isigéo, appartenant à la famille des webSIG. Il a expliqué que l’objectif de la solution est double : d’une part, mettre à disposition des utilisateurs des bases de connaissance de nature géographique ; d’autre part, offrir aux administrateurs un environnement leur permettant d’enrichir progressivement les usages, en créant de nouvelles cartes, de nouveaux enjeux de gestion et de nouveaux workflows.
C’est dans ce cadre que la Ville de Bayonne, déjà très avancée dans ses usages cartographiques, a sollicité Géomatika au moment où la réflexion sur les images immersives a évolué. Il a rappelé qu’au départ, les échanges portaient plutôt sur des solutions comme Mapillary. Puis la collectivité est revenue avec le projet Panoramax, perçu comme une alternative crédible, capable non seulement de rivaliser avec des solutions comme Street View, mais aussi de mieux répondre aux attentes des collectivités en matière de maîtrise de la donnée.
Une intégration qui prolonge un besoin métier très concret
François-Xavier Gamoy a expliqué que Géomatika est entrée dans le projet précisément à cet endroit : au moment où il est devenu nécessaire de faire entrer les images immersives dans les usages quotidiens des agents. L’enjeu n’était pas de juxtaposer un nouvel outil à côté des outils existants, mais de faire en sorte que Panoramax puisse être mobilisé directement depuis l’environnement de travail déjà utilisé par les services.
Il a indiqué que l’intégration du composant Panoramax dans Isigéo a constitué un premier jalon décisif. C’est d’ailleurs à travers cette phase d’intégration qu’il a lui-même découvert plus en profondeur le projet Panoramax, et il a souligné avoir été particulièrement frappé par plusieurs éléments.
Un dispositif techniquement accessible et visuellement bluffant
Le premier point qui l’a marqué est la facilité avec laquelle une collectivité peut devenir contributrice. Il a insisté sur ce sujet en comparant implicitement Panoramax à d’autres solutions de captation plus lourdes, plus coûteuses ou plus complexes à déployer. Selon lui, entre le coût raisonnable du matériel de captation et la simplicité de mise en œuvre, le résultat obtenu est particulièrement impressionnant.
Il a également salué la qualité de restitution offerte par Panoramax. Il a jugé la navigation très fluide et le rendu particulièrement convaincant, au point de le comparer sans difficulté aux standards proposés par Street View. À ses yeux, la combinaison d’un coût d’entrée réduit et d’un niveau de restitution aussi élevé constitue un point particulièrement remarquable.
Il a ajouté que les images présentées dans le cadre du projet bayonnais étaient d’ailleurs très parlantes, non seulement pour des raisons techniques, mais aussi parce qu’elles mettaient en scène des vues particulièrement valorisantes du territoire. Dans les prises de vue réalisées il s’est amusé du fait qu’à Bayonne « il semblait toujours faire beau », ce qui contribuait évidemment à la qualité perçue de l’outil.
L’intérêt d’une restitution enrichie par les métadonnées
Au-delà de la seule image, François-Xavier Gamoy a insisté sur un autre apport majeur du dispositif : la présence de métadonnées nombreuses et structurées, restituées avec la photographie. Il a expliqué que toutes les informations capitalisées dans la chaîne de traitement, à différents niveaux, viennent enrichir l’expérience utilisateur.
Selon lui, cette couche d’information constitue une véritable valeur ajoutée, car elle permet à l’utilisateur de ne pas seulement consulter une vue, mais aussi de disposer d’éléments de contexte sur la position, la prise de vue, la temporalité ou d’autres attributs utiles à l’interprétation.
Il a également souligné l’intérêt des tags et annotations associés aux images, qui ouvrent déjà des perspectives très fortes en matière de recherche, de qualification et d’exploitation avancée.
Une expérience utilisateur simple, fluide et immédiatement compréhensible
François-Xavier Gamoy a ensuite décrit ce qu’il a observé du point de vue strictement ergonomique. Il a mis en avant la simplicité des déplacements dans l’image, la cohérence de la navigation, la facilité avec laquelle l’utilisateur peut passer d’un point de prise de vue à un autre, ou encore s’orienter à l’écran.
Il a jugé particulièrement intéressant le fait que les différentes traces de captation puissent être distinguées, notamment grâce à des jeux de couleurs, permettant d’identifier les séquences cohérentes entre elles, qu’il s’agisse du jour d’acquisition, de la temporalité ou de l’auteur des prises de vue. Dans un entrepôt de données partagé, alimenté par de multiples contributeurs, cette capacité à redonner de la lisibilité à la donnée lui paraît essentielle.
Une dynamique fonctionnelle qui oblige aussi les éditeurs à suivre le rythme
François-Xavier Gamoy a rappelé que Panoramax est un projet très dynamique, dont les fonctionnalités continuent d’évoluer rapidement. Il a expliqué que, pour un éditeur comme Géomatika, cela implique de rester en veille constante afin de faire évoluer les intégrations au même rythme que les possibilités offertes par la plateforme.
L’enjeu, selon lui, est de permettre aux utilisateurs finaux de bénéficier de ces nouvelles capacités dans les meilleures conditions possibles. Il a notamment évoqué la nécessité, à terme, de mieux exploiter les enrichissements comme les tags, les annotations, les métadonnées ou d’autres fonctionnalités à venir.
Le défi à venir : organiser la montée en puissance de la donnée
François-Xavier Gamoy a toutefois attiré l’attention sur un point essentiel : le succès de Panoramax produira nécessairement une augmentation très rapide des volumes d’information disponibles. Or, ce succès peut devenir un défi si l’on ne réfléchit pas à la manière de présenter, filtrer et prioriser ces données pour les utilisateurs.
Il a indiqué qu’il sera indispensable de travailler finement l’ergonomie et la conception des interfaces pour éviter que les usagers ne soient noyés sous l’information. Il a évoqué l’idée de mieux hiérarchiser les contenus, de mettre en avant les données les plus utiles selon les usages, et de laisser certaines couches plus spécialisées activables à la demande.
Selon lui, une part importante du travail à venir ne relèvera donc pas seulement de l’intégration technique, mais bien de la conception d’interfaces intelligentes, capables d’orienter l’attention de l’utilisateur vers ce qui compte réellement pour son besoin métier.
Une architecture suffisamment ouverte pour répondre à des cas d’usage plus sensibles
François-Xavier Gamoy a également mentionné, même s’il n’a pas encore eu l’occasion de la tester directement, l’intérêt de l’infrastructure Panoramax dans sa capacité à permettre le déploiement d’instances privées ou maîtrisées localement. Il a observé que, jusqu’ici, les demandes qui lui ont été adressées s’inscrivent surtout dans une logique d’open data et de contribution ouverte.
Il a toutefois rappelé qu’il existe aussi des cas où certaines données pourraient avoir vocation à rester dans un cadre plus restreint, pour des raisons métier, juridiques ou de confidentialité. Il a cité, à titre d’exemple, des lieux sensibles comme certaines infrastructures techniques ou ressources stratégiques, en posant la question de savoir si tout devait réellement être montré à tout le monde.
Sans trancher ce point, il a souligné que cette réflexion devra accompagner le développement des usages, afin de proposer aux collectivités des cadres adaptés à la diversité des situations.
Une méthodologie d’intégration accessible à l’ensemble des éditeurs
En conclusion, François-Xavier Gamoy a rappelé que l’intégration d’un composant Panoramax dans un environnement tiers comme Isigéo repose sur une méthodologie qu’il a jugée relativement conventionnelle pour un éditeur webSIG. Selon lui, tout éditeur disposant d’une architecture correcte devrait être en mesure d’obtenir un résultat au moins équivalent.
Il a insisté sur un dernier point : si l’intégration côté applicatif est importante, l’essentiel du travail réside surtout dans la bonne structuration du workflow complet, depuis l’acquisition terrain jusqu’à la bonne mise à disposition de la donnée dans la plateforme. Selon lui, une fois cette chaîne bien pensée, l’éditeur reçoit ensuite la donnée “par la magie de l’internet” et peut la redistribuer efficacement aux utilisateurs.
À travers cette intervention, François-Xavier Gamoy a ainsi montré que la donnée immersive ne devient réellement un outil de pilotage stratégique qu’à une condition : qu’elle soit correctement intégrée, rendue lisible, diffusée au bon endroit, et pensée non comme une démonstration technologique, mais comme une composante à part entière du système d’information des collectivités.
(Télécharger la fiche de présentation de Géomatika)
Martin Blazek a remercié François-Xavier Gamoy et a invité tous les intervenants sur scène pour clonclure le webinaire.
Pour terminer, Martin Blazek a tenu à remercier l’ensemble des intervenants, partenaires et participants pour leur disponibilité ainsi que pour la qualité des échanges. Il a souligné le caractère particulièrement riche et instructif des interventions, appuyées par des cas d’usage concrets, qui illustrent de manière très opérationnelle l’intérêt des images immersives géolocalisées et la dynamique portée par Panoramax.
Il a rappelé que ces retours d’expérience démontrent pleinement la valeur des données immersives comme outil d’observation et d’aide à la décision pour les territoires. À travers la diversité des usages présentés, il a mis en évidence une tendance de fond : la montée en puissance rapide de ces dispositifs, à mesure que les collectivités s’en saisissent et que les volumes de données disponibles augmentent.
Dans ce contexte, il a invité à anticiper les prochaines étapes. Selon lui, le principal enjeu réside désormais dans la capacité collective à structurer cette croissance, afin d’éviter que le dispositif ne devienne victime de son propre succès. Il a ainsi insisté sur la nécessité de réfléchir aux modalités de déploiement, de gouvernance et de valorisation, pour garantir une exploitation pertinente, durable et maîtrisée des données produites.
Il a également indiqué que, du côté de la plateforme PIGMA, une réflexion est engagée sur le rôle que peut jouer un dispositif régional dans cet écosystème en construction. L’objectif est d’identifier comment une plateforme comme PIGMA peut accompagner la dynamique existante, en complément d’un cadre national déjà structurant et préfinancé, afin de faciliter le passage à l’action sur les territoires et de soutenir les initiatives locales.
Martin Blazek a enfin rappelé que le webinaire fera l’objet d’une rediffusion, permettant à chacun de revisiter les contenus et les retours d’expérience présentés.
Il a conclu en annonçant les prochains temps forts de l’animation PIGMA :
- le prochain Vendredi en veux-tu en data, programmé le vendredi 24 avril de 9h à 9h30, consacré aux données eau (voir insciption www.pigma.org) ;
- les Rencontres régionales PIGMA qui se tiendront le 4 juin prochain en présentiel à Bordeaux.
Il a précisé que les participants recevront prochainement les invitations correspondantes.
Il a clôturé la session en remerciant à nouveau les participants et en les invitant à poursuivre les échanges avec l’équipe PIGMA pour toute question ou approfondissement des thématiques abordées.